Trading & Bourse · 11 min de lecture · Par Mathieu Dugue
Marchés IA : SpaceX emprunte 40 Md$, Anthropic vise novembre
SpaceX cherche 40 milliards de dollars pour acheter des puces Nvidia, et Anthropic prépare sa cotation de novembre. Google réserve du nucléaire, Intel et TSMC se disputent Terafab, AMD manque de capacité.

SpaceX cherche 40 milliards de dollars pour acheter des puces Nvidia, et Anthropic prépare sa cotation de novembre. Google réserve du nucléaire, Intel et TSMC se disputent Terafab, AMD manque de capacité.
SpaceX veut emprunter 40 milliards de dollars pour acheter des puces Nvidia
Selon le Financial Times, SpaceX cherche 40 milliards de dollars pour payer des puces Nvidia. L’opération serait menée par le fonds Apollo. La nouvelle tombe alors que le titre vient de signer sa meilleure semaine depuis juin.
L’essentiel :
- Le montant visé : environ 10 milliards en prêts bancaires et 30 milliards en dette de qualité « investment grade » (FT, relayé par Reuters et Investing.com).
- Apollo dirigerait l’opération et placerait la dette auprès d’investisseurs ; Pimco fait partie du petit groupe de prêteurs en discussion.
- L’argent servirait uniquement à acheter des puces Nvidia, d’après les sources du FT. La clôture est attendue en 2027.
- Le titre SPCX a un peu reculé après la Bourse, après un gain de 0,49 % en séance, selon Yahoo Finance.
Pourquoi emprunter plutôt que puiser dans la caisse ?
SpaceX a choisi d’utiliser exclusivement des puces Nvidia dans ses centres de calcul Colossus, qui font tourner Grok et louent de la capacité à des clients comme Anthropic et Google. Or ces puces coûtent très cher, et la facture grimpe avec chaque nouveau site.
La dette est notée BBB, l’avant-dernier échelon de la catégorie « investment grade ». À ce niveau, assureurs et fonds de pension ont le droit d’en acheter. SpaceX avait déjà vendu 25 milliards de dollars d’obligations de ce type moins de deux semaines après son introduction en Bourse de juin (Benzinga).
Rappel de contexte déjà publié ici : les investissements de SpaceX dans l’IA pèsent lourd. Le groupe avait annoncé 18,4 milliards de dollars de dépenses d’investissement au deuxième trimestre. Ce nouvel emprunt s’ajouterait à cette trajectoire.
Ce que cela change pour le lecteur européen
Pour un actionnaire, il y a deux lectures possibles, et aucune n’est tranchée. D’un côté, un accès facile au crédit montre que les prêteurs font confiance au modèle. De l’autre, plus de dette signifie plus d’intérêts à payer, avant que les revenus IA ne couvrent les coûts.
Côté Nvidia, c’est une commande de plus dans un carnet déjà très rempli : un client finance ses achats grâce à des marchés de la dette, pas seulement grâce à ses profits. C’est le fameux débat sur le « financement circulaire » de l’IA.
SpaceX (SPCX) n’est pas éligible au PEA : en Europe, on y accède via un compte-titres ou via des fonds qui répliquent le Nasdaq-100. Cette information est factuelle et ne constitue pas un conseil. Le projet reste un montage en discussion, non signé à ce jour.
Sources :
- SpaceX seeks $40 billion financing led by Apollo to buy Nvidia chips, FT reports (Business Recorder)
- SpaceX Seeks $40 Billion, Led By Apollo, to Buy Nvidia Chips (Benzinga)
- SpaceX seeks to raise $40 bln to buy Nvidia chips (Yahoo Finance)
- SpaceX seeks $40 billion in debt led by Apollo (InvestingLive)
Anthropic : l’introduction en Bourse glisse vers novembre, deux gros clients freinent
L’entrée en Bourse d’Anthropic se précise pour la mi-novembre. Mais au même moment, Meta et Microsoft réduisent l’usage interne de Claude. Cela tombe mal, car le prospectus pointe déjà une forte dépendance à quelques clients.
L’essentiel :
- Anthropic viserait une cotation dès la mi-novembre, avec un lancement de la promotion auprès des investisseurs la semaine du 9 novembre (presse financière, dont PYMNTS).
- La valorisation espérée atteindrait jusqu’à 2 000 milliards de dollars, contre 965 milliards lors du tour de mai (non confirmé par l’entreprise).
- Selon The Information, Meta a coupé de moitié ses utilisateurs internes de Claude Code, et Microsoft a réduit ses budgets.
- Michael Burry compare la valorisation de 965 milliards au prix de 78 sociétés rentables du S&P 500.
Ce qui change depuis notre dernière édition
Nous avions déjà couvert le projet de prospectus : forte croissance, grosses pertes, engagements de calcul supérieurs à 500 milliards de dollars. La nouveauté, c’est le calendrier et le signal des clients.
D’après The Information, Meta est passée d’environ 60 000 à environ 30 000 utilisateurs de Claude Code. Elle en a pourtant dépensé plus de 105 millions de dollars sur une seule période de 28 jours. Chez Microsoft, la projection de dépense interne sur Claude a baissé de plus d’un tiers par rapport à un pic annualisé de plus d’un milliard de dollars. Les deux groupes poussent leurs équipes vers leurs propres outils.
Pourquoi ça compte pour une Bourse
Le prospectus indique qu’environ un quart du chiffre d’affaires vient de deux clients. Quand des clients de cette taille arbitrent, le marché le remarque. Ces baisses restent partielles, et les montants dépensés restent élevés.
Reste la question du prix. Burry, connu pour ses paris baissiers, juge la valorisation démesurée. À l’inverse, les partisans citent la croissance du chiffre d’affaires : 11,5 milliards de dollars au deuxième trimestre, selon le prospectus ayant fuité. Les deux lectures sont des opinions, pas des faits.
Pour un épargnant européen, l’accès dépendra de la place de cotation et des courtiers. Une cotation américaine ne serait pas éligible au PEA. Le S-1 public n’est pas encore sorti à notre connaissance : il doit être publié au moins 15 jours avant le début de la tournée des investisseurs.
Sources :
- Anthropic Pushes Its IPO to November as Investors Eye a $2 Trillion Valuation (Motley Fool)
- Anthropic Targets November IPO as Revenue Surges (PYMNTS)
- MS and Meta cut back Anthropic spend (Electronics Weekly)
- Meta and Microsoft pull back from Claude (The Decoder)
- Anthropic Valuation At $965B Could Swallow Domino’s, Clorox, And 76 Other S&P 500 Firms, Burry Says (Stocktwits)
Google signe 3,59 gigawatts avec Constellation : le nucléaire au service de l’IA
Google s’offre une énorme réserve d’électricité pour ses data centers. Le groupe signe avec Constellation Energy, le plus grand exploitant nucléaire américain. Le titre Constellation a bondi de plus de 12 % à l’annonce.
L’essentiel :
- Un contrat de 20 ans pour 890 mégawatts de capacité nucléaire supplémentaire sur le réseau PJM (Illinois, Pennsylvanie, New Jersey).
- Un second contrat de 15 ans pour 2 700 mégawatts, soit 3,59 gigawatts au total.
- Constellation investira plus de 4,3 milliards de dollars ; le prix payé par Google n’est pas public.
- Constellation (CEG) a gagné 12,25 % pour clôturer à 300,40 dollars, selon le Motley Fool.
Comment ça marche, concrètement
Il ne s’agit pas de nouveaux réacteurs. Constellation va moderniser 11 unités nucléaires existantes pour leur faire produire plus. Le premier gain de puissance est attendu en 2028, d’après le communiqué des deux groupes.
Les 2 700 mégawatts du second contrat viennent du parc existant de Constellation sur PJM. Google ne reçoit pas un câble direct : l’électricité passe par le réseau, et le contrat fixe ce que Google achète.
En échange, Constellation choisit Google Cloud et Gemini Enterprise dans une alliance de cinq ans, pour mieux piloter ses centrales et son réseau.
Le pont entre l’IA et la Bourse
L’électricité est devenue le goulot de l’IA : il ne suffit pas d’avoir des puces, il faut aussi pouvoir les brancher. Les petits réacteurs modulaires, eux, n’ont pas d’objectif de mise en service avant 2028 au plus tôt (Motley Fool). Moderniser l’existant va donc plus vite.
Ce type de contrat transforme un producteur d’énergie en valeur « IA » aux yeux des marchés. Le bond de 12 % le montre. Il ne dit rien de la suite : le cours intègre déjà beaucoup d’attentes.
Côté européen, Constellation est une société américaine, donc non éligible au PEA. L’idée à retenir est surtout sectorielle : la consommation électrique des data centers pèse désormais sur les compagnies d’électricité et les gestionnaires de réseau. Ce texte est informatif et ne constitue pas un conseil.
Sources :
- Google and Constellation Announce Landmark Agreement to Bring 890 MW of New Nuclear Capacity to PJM Grid (Constellation)
- Google and Constellation Announce Landmark Agreement (Google Cloud Press Corner)
- Google Signs Nuclear Deal With Constellation Energy (Motley Fool)
- Constellation, Google strike 890-MW nuclear deal in PJM (Yahoo Finance)
Terafab : Intel reste dans le projet de Musk pendant que TSMC s’approche
Le projet d’usine de puces de Musk devient un jeu à trois. Intel affirme qu’il continue, alors que TSMC discute d’un rôle. Les marchés ont déjà réagi, surtout du côté d’Intel.
L’essentiel :
- Le PDG d’Intel, Lip-Bu Tan, dit qu’Intel « continuera à travailler avec Elon Musk » sur Terafab (Bloomberg, via Yahoo Finance).
- Intel est partenaire de développement depuis avril 2026 ; sa technologie 14A est citée pour le projet.
- Musk a confirmé des discussions avec TSMC sur un rôle dans ce projet de 16,8 milliards de dollars, au Texas.
- Rien n’est signé, et la structure reste ouverte.
Ce qui a changé depuis notre dernière édition
Nous avions rapporté que TSMC explorait un rôle dans Terafab, selon une chronique de Bloomberg. Musk a depuis confirmé les discussions : « juste des discussions, mais quelque chose pourrait en sortir ».
La nouveauté du jour vient d’Intel. Son patron a répondu avant un événement à Tokyo pour les 50 ans du groupe au Japon. Le message : Intel ne se sent pas évincé. Intel avait pourtant reculé d’environ 2 % lundi après la confirmation des discussions avec TSMC (TIKR).
Les scénarios évoqués
Selon les informations de presse, TSMC pourrait posséder et exploiter l’usine, tandis que SpaceX et Terafab investiraient et garantiraient des achats de puces. Une autre piste donnerait la majorité à SpaceX, avec une part plus faible pour TSMC. Ce sont des pistes, pas des décisions.
Le projet cible deux usines : l’une pour les puces des voitures et robots Tesla, l’autre pour les centres de calcul de l’IA, y compris dans l’espace. L’objectif affiché est un térawatt de capacité de calcul par an.
Pour la chaîne des puces, l’enjeu est simple : Intel veut prouver qu’il peut fabriquer pour des clients externes, et TSMC reste la référence. Les deux peuvent coexister, ou non.
Côté européen, ni Intel ni TSMC ne sont accessibles via le PEA en direct. Un fonds de type UCITS sur les semi-conducteurs est la voie habituelle. Information, pas conseil.
Sources :
- Intel to continue working on Musk’s Terafab despite TSMC talks (Yahoo Finance / Bloomberg)
- Elon Musk Confirms TSMC Talks for $16.8 Billion Texas Terafab Project (Teslanorth)
- Intel Drops as Musk Signals TSMC Could Join Terafab (TIKR)
- Elon Musk confirms Terafab discussions between SpaceX and TSMC (DatacenterDynamics)
AMD : la demande dépasse l’offre, la capacité va « beaucoup » augmenter en 2027
La patronne d’AMD dit que la demande en puces IA reste plus forte que ce que l’industrie peut produire. AMD prévoit donc d’augmenter nettement son offre en 2027. Le groupe réserve aussi de la capacité pour les années suivantes.
L’essentiel :
- Lisa Su : « La demande dépasse l’offre. Nous prévoyons d’augmenter l’offre substantiellement en 2027, mais il en faudra clairement plus. »
- Elle voit une demande « très, très élevée pour les prochaines années » et planifie de trois à cinq ans à l’avance.
- AMD travaille avec Foxconn, TSMC et ses fournisseurs de mémoire pour sécuriser processeurs, GPU, wafers et mémoire.
- Selon Bloomberg, Su doit rencontrer le patron de la division puces de Samsung, alors que la pénurie de mémoire persiste.
Un goulot qui se déplace vers la mémoire
Les puces ne se vendent pas seules : elles ont besoin de mémoire. La mémoire à haute bande passante (HBM) manque, et les fabricants la réservent d’abord aux clients de l’IA. Su l’a dit en public : la mémoire fait partie des contraintes.
Selon des médias spécialisés, les processeurs de serveurs EPYC « Venice » seraient déjà épuisés jusqu’en 2027. Cette information reste à confirmer par AMD.
Ce qu’il faut en retenir pour un investisseur
Un fabricant qui dit « on manque de capacité » annonce une demande forte, mais aussi des coûts : réserver des usines trois à cinq ans à l’avance engage de l’argent. L’action AMD a fortement progressé en 2026, et la marge d’erreur est donc plus mince si la demande ralentit.
C’est aussi un signe pour toute la chaîne. TSMC fabrique les puces, Samsung et SK Hynix fournissent la mémoire, et Nvidia garde de son côté ses propres allocations. Nous avions déjà couvert le contrat d’AMD avec Microsoft et sa trajectoire visée à 70 milliards de dollars en 2027 : la déclaration de Su en est la suite logique.
Pour un épargnant européen, AMD est américaine et non éligible au PEA. Ce texte reste informatif.
Sources :
- AMD’s Monster 2026 Rally Gets Fresh Fuel From Lisa Su’s 2027 AI Supply Push (Benzinga)
- AMD plans to substantially increase supply in 2027, CEO says (SRN News)
- AMD’s Lisa Su Plans Chip Supply Three to Five Years Ahead (Seoul Economic Daily)
- AMD Targets 2027 Capacity Boost for AI Chips (Tradingpedia)
- AMD CEO Lisa Su says AI chip demand exceeds production capacity (Crypto Briefing)
Édition préparée par notre agent de veille (données et sources au mercredi 7 octobre 2026), relue selon notre politique éditoriale. Information générale, pas un conseil en investissement : investir comporte des risques de perte en capital.
⚠️ Ceci n’est pas un conseil financier. Investir comporte des risques de perte en capital.


