Trading & Bourse · 13 min de lecture · Par Mathieu Dugue
Marchés IA : Nvidia rassure, Anthropic vise Wall Street, SpaceX voit grand
Nvidia a dissipé, au moins pour une séance, les craintes de bulle sur l’intelligence artificielle avec des résultats qui dépassent les attentes. Pendant ce temps, Anthropic précise son calendrier d’introduction en Bourse et SpaceX annonce un nouveau spatioport à 100 milliards de dollars en Louisiane.

Nvidia a dissipé, au moins pour une séance, les craintes de bulle sur l’intelligence artificielle avec des résultats qui dépassent les attentes. Pendant ce temps, Anthropic précise son calendrier d’introduction en Bourse et SpaceX annonce un nouveau spatioport à 100 milliards de dollars en Louisiane.
Nvidia rassure tout le marché de l’IA avec des résultats qui dépassent les attentes
Le fabricant de puces a publié dans la nuit du 26 au 27 août des résultats trimestriels qui dissipent, au moins pour un temps, les inquiétudes de bulle qui pesaient sur l’intelligence artificielle depuis plusieurs semaines. Wall Street a salué la performance en propulsant l’action de près de 9% en une séance.
L’essentiel :
- Chiffre d’affaires du 2e trimestre de l’exercice fiscal 2027 (clos fin juillet) : 96,2 milliards de dollars, +106% sur un an, au-dessus du consensus des analystes (~92,2 milliards)
- Le segment data center grimpe à 89 milliards de dollars (+117%), mais la guidance du prochain trimestre (108 milliards) exclut désormais tout chiffre d’affaires lié à la Chine
- Nvidia prévoit, fait rare pour l’entreprise, une croissance d’environ 70% de son chiffre d’affaires sur l’ensemble de l’exercice fiscal 2028
- L’action a bondi de 8,7%, ajoutant 442 milliards de dollars de capitalisation en une séance et entraînant tout le secteur des semi-conducteurs dans son sillage (Amkor, Intel, AMD…)
Des chiffres qui rassurent, une Chine mise de côté
Depuis fin juillet, plusieurs voix alimentaient le débat sur une possible bulle du financement de l’IA. Les résultats du 26 août ont changé la tonalité du marché : un chiffre d’affaires supérieur de 4 milliards de dollars aux attentes, porté par la demande de calcul pour l’inférence. La directrice financière Colette Kress a précisé que la guidance de 108 milliards de dollars pour le trimestre en cours n’intègre « aucun chiffre d’affaires de calcul data center lié à la Chine », compte tenu de l’incertitude géopolitique persistante sur les exportations de puces avancées. Les livraisons liées à la Chine ont représenté moins de 1% du chiffre d’affaires data center du trimestre écoulé. Jensen Huang, le PDG, a résumé l’ambiance : « L’IA a atteint son point d’inflexion. Ses jetons sont productifs et rentables. Désormais, le calcul, c’est du chiffre d’affaires. »
Vera Rubin et l’objectif à 1 000 milliards : la suite du film
Le vrai signal envoyé aux investisseurs porte sur l’avenir : Nvidia a donné une prévision de croissance de 70% pour l’exercice 2028 complet, contre 44-45% attendus par les analystes — une pratique inhabituelle pour une entreprise qui donne d’ordinaire une guidance trimestre par trimestre. La nouvelle puce Vera Rubin, successeure de Blackwell, doit représenter environ 20% du chiffre d’affaires data center dès ce trimestre, ce que Nvidia qualifie de « montée en cadence la plus rapide de son histoire ». Jensen Huang affirme même que la demande réelle dépasse la guidance donnée, freinée par des contraintes d’approvisionnement, notamment en mémoire. Donald Trump a salué sur son réseau social des « chiffres incroyables ». Pour un investisseur européen, Nvidia (Nasdaq) n’est pas éligible au PEA : l’exposition passe par un compte-titres ordinaire ou par un ETF actions américaines/technologie éligible UCITS.
Sources :
- Nvidia — communiqué officiel des résultats T2 FY2027
- CNBC — suivi en direct des résultats
- CNBC — la prévision de croissance de 70%
- Forbes — l’action bondit de près de 10%
- The Globe and Mail — effet d’entraînement sur le secteur
Anthropic accélère vers Wall Street : prospectus public après Labor Day, un pari à 30 000 milliards de dollars
Le rival direct d’OpenAI multiplie les signaux avant sa cotation attendue en septembre ou octobre : calendrier resserré, marché total adressable vertigineux, et une rupture assumée avec le scénario suivi par SpaceX en juin.
L’essentiel :
- Selon Reuters (27 août), Anthropic prévoit de dévoiler publiquement son prospectus d’introduction en Bourse après le Labor Day américain (7 septembre), pour une cotation visée fin septembre ou en octobre
- L’entreprise présente aux investisseurs un marché total adressable de 30 000 milliards de dollars pour justifier une valorisation d’introduction autour de 2 000 milliards de dollars
- Contrairement à SpaceX, certains actionnaires historiques pourraient vendre des actions dès l’IPO, en échange d’une période de blocage allongée pour d’autres détenteurs
- Le rachat de la start-up de puces MatX (environ 7 milliards de dollars) a été envisagé puis abandonné ; un accord de 45 milliards de dollars a en revanche été signé avec l’opérateur de data centers britannique Nscale
Un calcul de marché qui interroge déjà les investisseurs
Le chiffre de 30 000 milliards de dollars ne désigne pas un marché logiciel classique : selon Fortune, Anthropic additionne la valeur de toutes les tâches humaines — droit, comptabilité, ingénierie — que ses modèles pourraient un jour remplacer. Un montant supérieur au produit intérieur brut annuel des Etats-Unis (32 500 milliards de dollars), ce qui a fait réagir l’analyste Fred Hickey, qui juge le calcul « absurde ». Le rythme annualisé de revenus d’Anthropic atteignait 65 milliards de dollars fin juillet, contre 9 milliards fin 2025 — une croissance réelle et vérifiable, mais sans commune mesure avec le marché total avancé aux investisseurs. Le prospectus doit aussi lister, selon CNBC, le rejet grandissant des data centers par l’opinion publique américaine comme facteur de risque explicite : un sondage Gallup de mai indique que 71% des Américains s’opposent à un data center près de chez eux.
Sécuriser le calcul sans dépendre uniquement de Nvidia
Anthropic avait discuté du rachat de MatX, une start-up fondée par d’anciens ingénieurs des puces TPU de Google, pour réduire sa dépendance aux processeurs Nvidia. Reuters indique que les discussions, évaluées à 7 milliards de dollars, ont finalement débouché sur un simple partenariat, sans que la raison de cet arrêt ne soit connue. En parallèle, Anthropic a sécurisé 45 milliards de dollars de capacité de calcul sur six ans auprès de Nscale, sur environ 460 mégawatts en Virginie-Occidentale — une capacité que Microsoft avait initialement réservée avant de se retirer du projet cet été. Pour un investisseur européen, Anthropic n’est pas encore cotée : une cotation prévue au Nasdaq resterait, comme celle de SpaceX ou d’OpenAI, hors du cadre du PEA.
Sources :
- Reuters via KELO — le S-1 public après Labor Day
- The Information — ventes d’actionnaires et lock-up allongé
- Fortune — le pari à 30 000 milliards de dollars
- Reuters via Yahoo Finance — le rachat de MatX abandonné
- Tech Times — l’accord de 45 milliards avec Nscale
- CNBC — le risque de rejet de l’IA dans le prospectus
SpaceX voit encore plus grand : un spatioport à 100 milliards de dollars en Louisiane
Elon Musk multiplie les annonces spectaculaires pour justifier la valorisation de SpaceX en Bourse, entre un nouveau site de lancement géant et une bataille de projections financières avec Morgan Stanley.
L’essentiel :
- SpaceX a dévoilé le 25 août « Starbase Louisiana », à Pecan Island : 125 000 acres, environ 100 milliards de dollars d’investissement visé, jusqu’à plusieurs milliers de lancements Starship par an, premier tir espéré en 2029
- Morgan Stanley projette un chiffre d’affaires SpaceX de 3 400 milliards de dollars d’ici 2040 ; Elon Musk a répliqué viser ce niveau dès 2033, une estimation personnelle et non un objectif officiel de l’entreprise
- Lors de son appel de résultats du 26 août, Nvidia a cité SpaceX parmi les tout premiers déployeurs de sa nouvelle puce Vera
- L’action SPCX est repassée au-dessus de son prix d’introduction (135 dollars), en hausse d’environ 30% depuis début août mais toujours près de 38% sous son pic de juin
Un nouveau pari sur l’espace, une opposition locale déjà organisée
Le site choisi, un ancien terrain d’ExxonMobil dans le sud de la Louisiane, doit accueillir à terme cinq complexes de lancement pour un objectif revendiqué par Gwynne Shotwell et Elon Musk de plus de trente lancements par jour d’ici 2030, tous sites confondus. La construction commencerait en 2027. Mais des habitants de Pecan Island, cités par la chaîne locale KPLC, dénoncent une négociation menée dans l’opacité — les élus locaux ayant dû signer des accords de confidentialité — et s’inquiètent pour une zone humide encore préservée. Ce projet, financé sur fonds privés, est concomitant mais juridiquement distinct du mémorandum présidentiel signé par Donald Trump le 20 août, qui vise plus de 1 000 lancements américains par an d’ici 2030 sur des terrains fédéraux.
Wall Street se dispute sur la trajectoire de croissance
Le débat sur la valorisation de SpaceX illustre les incertitudes propres aux jeunes sociétés cotées de la tech spatiale : Morgan Stanley maintient sa recommandation à l’achat en misant sur 3 400 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2040, quand Musk affiche un objectif personnel sept ans plus rapide. Aucun de ces chiffres ne constitue une prévision officielle de l’entreprise. Plus concret : lors de son call de résultats, Nvidia a confirmé des livraisons de sa puce Vera à « SpaceX AI », aux côtés d’Oracle et d’Amazon, et prévoit qu’un système Vera Rubin optimisé pour l’espace vole à bord du premier satellite Starmind de SpaceX au quatrième trimestre 2027. Selon l’analyste Gene Munster, SpaceX représenterait déjà environ 5% du chiffre d’affaires trimestriel de Nvidia. Pour un investisseur européen, SpaceX (Nasdaq) reste hors du cadre du PEA, accessible uniquement via un compte-titres ordinaire.
Sources :
- NBC News — le spatioport à 100 milliards en Louisiane
- Louisiana Illuminator — l’opposition des riverains de Pecan Island
- KPLC — les inquiétudes des habitants
- Yahoo Finance — la projection à 3 400 milliards de Morgan Stanley
- BeInCrypto — la réplique de Musk sur 2033
- Moomoo — SpaceX mentionnée lors du call Nvidia
Robots humanoïdes : Optimus démarre sa production, la Chine se heurte au principe de réalité
Tesla a officiellement lancé la fabrication d’Optimus à son usine de Fremont, tandis qu’en Chine l’engouement boursier pour la robotique humanoïde commence à se heurter aux limites bien réelles de la technologie.
L’essentiel :
- Optimus est entré en production le 27 août à Fremont, sur les lignes libérées par l’arrêt des Model S/X ; aucun chiffre de cadence n’a été communiqué, Musk qualifiant le robot de « produit le plus dur à industrialiser » jamais fait par Tesla
- Coïncidence de calendrier : Tesla a discrètement mis fin à son programme de toiture solaire Solar Roof, jugé non rentable, la même semaine
- Lors de la World Robot Conference de Pékin, un analyste cité par Reuters estime que 50 à 70% des robots humanoïdes produits cette année en Chine ne serviront qu’à collecter des données, pas à travailler réellement
- L’action Unitree, entrée en Bourse le 19 août avec un bond de +629% en séance, a déjà perdu environ un quart de sa valeur depuis ce pic
Fremont : un démarrage réel, mais sans preuve de cadence
Les tout premiers robots sortis de la chaîne de Fremont seront envoyés vers une « Optimus Academy » interne pour s’entraîner sur les propres usines de Tesla, et non vers des clients. Musk affirme que « tout, sur ce robot, est nouveau » — environ 10 000 pièces uniques et une chaîne d’approvisionnement construite de zéro — et prévient d’une montée en cadence « plate et longue », refusant de donner un objectif de volumes pour 2026. La production de masse est renvoyée à l’usine texane de Giga Texas, avec un objectif de long terme d’un million de robots par an. Tesla a porté son budget d’investissement 2026 au-dessus de 25 milliards de dollars, une bonne part destinée à Optimus, que Musk présente comme la source de 80% de la valeur future du groupe — une affirmation qui reste, à ce stade, une opinion du dirigeant plutôt qu’un fait vérifiable.
En Chine, l’écart entre l’argent levé et l’utilité réelle
Coût réel de fabrication d’un robot humanoïde industriel en Chine : entre 300 000 et 500 000 yuans, contre un objectif de rentabilité en deux ans fixé à 160 000 yuans par les analystes de Guotai Securities — pour un salaire ouvrier annuel d’environ 80 000 yuans. Selon des données citées par Notebookcheck, les robots humanoïdes ne tournent aujourd’hui qu’à environ 20% de la productivité humaine en usage réel. Chez Unitree, environ 75% du chiffre d’affaires proviendrait d’universités et de centres de formation plutôt que d’usages industriels, ce qui n’a pas empêché une introduction en Bourse sursouscrite plusieurs milliers de fois, avant un reflux net du cours. Pour un investisseur européen, l’exposition à ce secteur reste possible via des ETF UCITS dédiés à la robotique, mais avec la prudence que commande un narratif boursier manifestement en avance sur les usages réels.
Sources :
- The Motley Fool — Optimus entre en production à Fremont
- Electrek — Tesla arrête son programme Solar Roof
- AsiaOne (Reuters) — les robots chinois face à l’épreuve du marché
- Notebookcheck — encore trop peu autonomes pour remplacer les ouvriers
- Investing.com — le cours Unitree depuis son IPO
Qui paie la facture électrique de l’IA ? La Géorgie approuve le contrat XXL d’OpenAI
Le régulateur de l’électricité de Géorgie a validé l’accord entre Georgia Power et OpenAI pour alimenter un data center géant, sans lever pour autant le secret sur le contenu du contrat — au grand dam des associations locales.
L’essentiel :
- Le contrat liant Georgia Power à OpenAI pour le site « Project Camellia » (3,2 gigawatts, comté d’Effingham) a été validé le 27 août par le personnel technique du régulateur, sans vote des cinq commissaires élus
- OpenAI s’engage à payer l’intégralité des coûts d’infrastructure dédiés et à fournir jusqu’à 1 000 mégawatts de flexibilité de consommation en période de pointe
- Georgia Power annonce environ 950 millions de dollars par an de revenus additionnels tirés des gros contrats data centers, avec 180 dollars d’économies annuelles promises au client résidentiel moyen dès 2029
- Des associations comme le Sierra Club et la Southern Alliance for Clean Energy dénoncent un processus encore opaque ; prochaine étape le 14 septembre avec l’examen du plan de site par le comté
Un contrat secret, des promesses publiques
Le document, soumis non signé par Georgia Power le 15 juillet, avait d’abord été rendu public entièrement caviardé, traité comme un secret commercial. Face à la mobilisation citoyenne, Georgia Power et le régulateur ont publié le 27 août une lettre résumant les grandes lignes de l’accord — sans lever la confidentialité du contrat lui-même. La porte-parole du Sierra Club Géorgie, Hannah Baker, dénonce une « ruée imprudente » menée sans réel contrôle démocratique, tandis que Maggie Shober, de la Southern Alliance for Clean Energy, salue « un pas vers plus de transparence » jugé encore insuffisant sur le calcul précis des coûts et des garanties.
Le chantier avance, l’opposition aussi
Le rapport d’impact régional du projet a été publié le 26 août, et le conseil du comté d’Effingham doit examiner le plan de site préliminaire le 14 septembre. Le montant de l’investissement annoncé par OpenAI a grimpé au-delà de 30 milliards de dollars, contre 20 milliards évoqués en juillet, et l’entreprise met en avant un système de refroidissement en circuit fermé pour limiter sa consommation d’eau — un argument destiné à répondre aux craintes déjà exprimées par près d’un millier de riverains lors d’une réunion publique fin juillet. Ce bras de fer local illustre un enjeu plus large pour tout investisseur suivant la chaîne de l’IA : le coût réel de l’électricité et l’acceptabilité sociale des data centers pèsent directement sur le calendrier et les marges des projets d’infrastructure, bien avant qu’un géant comme OpenAI n’envisage lui-même une cotation en Bourse.
Sources :
- CleanTechnica — l’approbation du contrat par le régulateur
- AllOnGeorgia — le communiqué de Georgia Power sur les économies clients
- Effingham Herald — les prochaines étapes du chantier
- The Current GA — la mobilisation des riverains en juillet
Édition préparée par notre agent de veille (données et sources au vendredi 28 août 2026), relue selon notre politique éditoriale. Information générale, pas un conseil en investissement : investir comporte des risques de perte en capital.
⚠️ Ceci n’est pas un conseil financier. Investir comporte des risques de perte en capital.


