Trading & Bourse · 13 min de lecture · Par Mathieu Dugue
Marchés IA : Unitree après l’IPO, déblocage SpaceX et futures sur les GPU
Entre l’euphorie retombée d’Unitree, un nouveau test de déblocage d’actions pour SpaceX et une ligne de crédit géante pour Anthropic avant son IPO, la chaîne IA continue de tester les nerfs de Wall Street. Autre signal à suivre : le calcul IA lui-même s’apprête à devenir une matière première négociable en bourse, avec les premiers futures sur le prix de location des puces Nvidia.

Entre l’euphorie retombée d’Unitree, un nouveau test de déblocage d’actions pour SpaceX et une ligne de crédit géante pour Anthropic avant son IPO, la chaîne IA continue de tester les nerfs de Wall Street. Autre signal à suivre : le calcul IA lui-même s’apprête à devenir une matière première négociable en bourse, avec les premiers futures sur le prix de location des puces Nvidia.
Robots humanoïdes made in China : l’argent coule, les commandes se font attendre
Après l’entrée fracassante d’Unitree en bourse à Shanghai (+629% le jour de la cotation, racontée dans notre édition du 19 août), plusieurs médias économiques posent une question plus terre à terre : qui achète vraiment ces robots, et pour combien ?
L’essentiel :
- Plus de 100 milliards de yuans (14,8 Md$) ont été investis cette année dans les robots humanoïdes chinois par des fonds d’État, des géants tech et des constructeurs automobiles, selon Bloomberg.
- Unitree n’a remporté qu’environ 90 contrats publics et universitaires chinois en cinq ans, pour un total de 39 millions de yuans (5,4 M$) — plus de la moitié rien que sur la dernière année, selon une analyse de Reuters.
- Près des trois quarts du chiffre d’affaires « humanoïdes » d’Unitree sur les neuf premiers mois de 2025 venaient de la recherche et de l’éducation, pas d’usages commerciaux, rapporte CNBC.
- Le fondateur Wang Xingxing juge lui-même que le « moment ChatGPT » de la robotique est encore à 2-3 ans, et un vrai marché de masse à horizon d’une décennie.
Cent milliards de yuans de pari, un tour de table qui inclut toute la tech chinoise
Le chiffre donne le vertige : plus de 100 milliards de yuans, environ 14,8 milliards de dollars, injectés cette année dans la filière des robots humanoïdes chinois, par des fonds souverains, des groupes tech et des constructeurs automobiles, selon Bloomberg. Unitree en est le symbole : parmi ses actionnaires connus figurent Meituan (premier actionnaire externe via plusieurs entités), Tencent, Alibaba, Ant Group, et DeepSeek, qui a injecté 141 millions de yuans (environ 20,9 M$) lors du placement stratégique, avec un engagement de collaboration sur l’IA incarnée, selon le South China Morning Post.
Cet argent a financé une IPO de 6,1 milliards de yuans (904 M$) et une envolée du titre qui a porté la valorisation à plusieurs dizaines de milliards de dollars — un pari sur la convergence IA-robotique physique, plus que sur des revenus déjà au rendez-vous.
Le fossé entre la capitalisation et le carnet de commandes
Face à ce mur de capital, les chiffres commerciaux documentés restent modestes. Une analyse de Reuters portant sur les appels d’offres publics chiffre à environ 90 le nombre de contrats gouvernementaux et universitaires remportés par Unitree en Chine sur cinq ans, pour un total cumulé de 39 millions de yuans (5,4 M$). Plus de la moitié de cette somme date de la seule dernière année — une accélération réelle, mais sur une base minuscule comparée à la capitalisation boursière du groupe.
CNBC confirme cette lecture : sur les neuf premiers mois de 2025, près des trois quarts du chiffre d’affaires « humanoïdes » d’Unitree provenaient de la recherche et de l’éducation, pas d’usages industriels ou grand public. Wang Xingxing lui-même tempère l’enthousiasme : il évoque, selon ses propres déclarations publiques, un « moment ChatGPT » de la robotique — quand un robot exécutera 80% des consignes vocales dans un environnement inconnu — encore à 2 ou 3 ans, et un marché de masse à horizon d’une décennie. Une estimation du cabinet TrendForce chiffre le marché chinois des humanoïdes à environ 15 milliards de yuans cette année, avec une croissance de plus de 60% attendue en 2027 — une trajectoire réelle, mais qui part d’une base encore petite.
Pour un investisseur européen, l’action Unitree, cotée sur le STAR Market de Shanghai, reste de toute façon hors PEA : l’exposition indirecte au secteur passe par des ETF UCITS thématiques robotique comme KOID, BOTT ou HUMN, déjà évoqués dans nos éditions précédentes.
Sources :
- Unitree IPO: Why Investors Are Betting Big on China’s Humanoid Robots
- China built robots that can do backflips – but can they make money?
- China’s Unitree Robotics starts IPO process
- Inside Unitree’s landmark IPO: what to know about China’s humanoid giant
- Unitree Founder Sees Robots Reaching ‘Mass Market’ Within Decade
SpaceX : un deuxième déblocage d’actions, déjà digéré par le marché ?
Après avoir absorbé sans casse la vague de 911,5 millions d’actions du 6 août, SpaceX affronte ce 20 août 2026 un nouveau test : jusqu’à 319 millions d’actions supplémentaires deviennent vendables. Le marché semble avoir anticipé le choc avant même l’ouverture.
L’essentiel :
- Jusqu’à 319 millions d’actions SpaceX (SPCX) — le chiffre exact excluant les actions détenues par des affiliés — arrivent sur le marché ce 20 août, au 70e jour après l’introduction en bourse, selon le prospectus cité par Protos.
- C’est bien plus modeste que le premier déblocage du 6 août (911,5 millions d’actions, environ 7% du capital), après lequel le titre avait grimpé d’environ 6% le jour même, selon CNN Business.
- Le short interest est retombé de 34% à 11% du flottant après le 6 août, selon Yahoo Finance — un signal que la pression baissière s’est déjà atténuée avant cette deuxième tranche.
- L’action a reculé d’environ 2,5% en pré-ouverture le 18 août, effaçant le gain de la veille, signe que Wall Street intégrait déjà ce rendez-vous, selon Proactive Investors.
Un calendrier qui a semé la confusion dans la presse financière
Fait notable relevé par Protos : plusieurs médias financiers se sont contredits sur la date exacte de ce déblocage. Certains évoquaient le 12 ou le 21 août. Le prospectus de SpaceX, daté du 11 juin, fixe pourtant précisément l’échéance à 70 jours après la date du prospectus, soit le 20 août. Cette date est aussi confirmée par les prochains rendez-vous du calendrier : un nouveau lot de 319 millions d’actions le 9 septembre, puis 328,4 millions à trois reprises fin septembre et en octobre.
Autre nuance à retenir : le chiffre de 319 millions n’est pas un plafond fixe mais un maximum, hors actions détenues par les affiliés de l’entreprise. Au cours de mi-août, ce lot représentait environ 46 milliards de dollars, selon Protos. D’ici la fin de l’année, environ 4,9 milliards d’actions au total, près de 40% du capital, devraient être librement négociables après l’expiration du lock-up standard de 180 jours début décembre, selon le Motley Fool. Les 6,4 milliards d’actions d’Elon Musk, elles, restent bloquées jusqu’au 12 juin 2027, sans clause de sortie anticipée.
Ce que ça change (ou pas) pour un investisseur en Europe
Au 19 août, l’action clôturait à 142,44 dollars, selon CNBC, au-dessus des 135 dollars de son prix d’introduction du 12 juin, qu’elle n’avait reconquis en clôture que le 10 août pour la première fois depuis mi-juillet. Le scénario du 6 août — un déblocage massif absorbé sans dégât puis suivi d’un rebond — offre un précédent rassurant, mais rien ne garantit qu’il se répète : le marché américain n’avait pas encore clôturé au moment de la rédaction de cet article.
Pour un investisseur basé en France, deux rappels s’imposent. D’abord, SpaceX (SPCX) n’est pas éligible au PEA : elle ne se loge que dans un compte-titres ordinaire, avec la fiscalité et le risque de change dollar/euro que cela implique. Ensuite, ce type de calendrier de déblocage, connu à l’avance et détaillé dans le prospectus, est en théorie déjà en grande partie intégré dans les cours par un marché efficient. Les à-coups observés ces derniers jours ressemblent moins à une surprise qu’à un ajustement mécanique de l’offre de titres, sur une valeur qui reste, sept semaines après son IPO, l’une des plus volatiles du Nasdaq.
Sources :
- Confusion surrounds SpaceX’s next share unlock
- SpaceX shares slip as another 319 million come up for sale
- SpaceX Short Interest Falls to 11% From 34% Peak: Are Bears Capitulating?
- SpaceX rises 6% after more than 900 million shares are unlocked
- SpaceX stock rebounds, closing above $135 IPO price for first time in weeks
- Elon Musk Can’t Sell SpaceX Stock Until June 2027 — But 6 Billion More Shares Could Flood the Market Before Then
Avant son IPO, Anthropic mise sur la dette plutôt que sur de nouvelles actions
Selon Bloomberg (18 août 2026), Anthropic négocie une ligne de crédit renouvelable pré-IPO qui pourrait dépasser 10 milliards de dollars. Un choix de financement révélateur, à quelques semaines d’une entrée en bourse potentiellement historique.
L’essentiel :
- Bloomberg rapporte qu’Anthropic vise une ligne de crédit renouvelable pré-IPO de plus de 10 milliards de dollars, contre 2,5 milliards sur 5 ans obtenus en 2025 auprès de Morgan Stanley, Barclays, Citigroup, Goldman Sachs, JPMorgan Chase, RBC et MUFG.
- Les banques les plus actives dans le montage se seraient vu demander environ 1,25 milliard de dollars chacune, les autres prêteurs actifs environ 1 milliard, et les rôles secondaires 750 millions ou moins, selon Bloomberg relayé par Reuters/Investing.com.
- Plusieurs banques chercheraient à renforcer leur dossier pour décrocher un rôle sur l’IPO d’Anthropic, qui a entamé un roadshow auprès d’investisseurs en vue d’une cotation évoquée dès octobre 2026.
- Ce crédit s’ajoute à un autre montage massif : 35 milliards de dollars de dette privée bouclés en juin 2026 avec Apollo et Blackstone pour financer l’achat de puces Google TPU, selon Bloomberg.
Une ligne de crédit, c’est quoi au juste ?
Une ligne de crédit renouvelable fonctionne comme un plafond de carte bancaire pour une entreprise. Anthropic peut y puiser quand elle a besoin de cash, rembourser, puis repuiser, sans tout renégocier à chaque fois. Elle ne paie des intérêts que sur ce qu’elle utilise vraiment.
C’est très différent d’une levée de fonds en actions. Vendre des actions, c’est céder une part de l’entreprise à un investisseur : les actionnaires existants sont dilués. Emprunter, c’est promettre un remboursement avec intérêts, sans toucher au capital. Pour une entreprise qui dépense des dizaines de milliards par an en puces et en centres de calcul, la dette offre une trésorerie flexible sans attendre la clôture de l’IPO ni diluer davantage les actionnaires en amont. Le financement de 35 milliards de dollars avec Apollo et Blackstone pour les TPU suivait déjà cette logique : loger l’infrastructure hors du capital-actions.
Ce que ça signale, avec un regard investisseur européen
Pour les banques, participer à cette ligne de crédit est aussi une façon classique de se positionner pour un mandat sur l’IPO à venir, selon Bloomberg. Plusieurs investisseurs cités par la presse évoquent une valorisation d’IPO qui pourrait dépasser 2 000 milliards de dollars : un chiffre qui reste une anticipation de marché, non une confirmation d’Anthropic.
Pour un investisseur particulier, Anthropic reste une société non cotée : aucune action n’est achetable aujourd’hui. Une fois cotée, une introduction attendue au Nasdaq ne serait pas éligible au PEA, réservé aux sociétés européennes ; l’accès passerait par un compte-titres ordinaire ou un ETF UCITS répliquant un indice américain.
Sources :
- Anthropic Pre-IPO Credit Facility Set to Climb Past $10 Billion
- Anthropic’s pre-IPO credit facility set to exceed $10 billion, Bloomberg News reports
- Anthropic closes $2.5 billion credit facility as Wall Street continues plunging money into AI boom
- Apollo Wraps Up $35 Billion Chip Deal for Anthropic
- Anthropic Eyes $2 Trillion In October IPO, A Record-Breaking Debut
Le calcul IA devient une matière première : Wall Street prépare ses premiers futures sur les GPU
Le 11 août 2026, CME Group a annoncé le lancement prévu au 5 octobre de deux contrats à terme indexés sur le prix de location horaire des GPU Nvidia H100 et B200. Une première mondiale, mais un calendrier suspendu au feu vert du régulateur américain.
L’essentiel :
- CME Group et Silicon Data lancent, visé au 5 octobre 2026, deux futures sur NYMEX : « Silicon Data H100 Rental Index Futures » et « B200 Rental Index Futures ».
- Le régulateur CFTC prépare une consultation publique de 30 à 60 jours avant tout feu vert, ce qui pourrait décaler le calendrier.
- Intercontinental Exchange (avec Ornn) et Architect Financial Technologies préparent des produits concurrents sur ce marché naissant.
- Objectif affiché : donner aux hyperscalers et labs IA un outil pour se couvrir contre la flambée du coût du calcul — un marché réservé aux professionnels américains.
Un « future », et pourquoi louer des GPU devient une matière première
Un contrat à terme (future), c’est un engagement à acheter ou vendre un actif à un prix fixé aujourd’hui, pour une livraison future. Ça existe depuis longtemps pour le pétrole, le blé ou l’or : ça permet à un producteur ou un acheteur de verrouiller un prix à l’avance, au lieu de subir les variations du marché. C’est aussi un terrain de spéculation : on peut parier sur la hausse ou la baisse sans jamais toucher au baril ou au sac de blé.
La nouveauté : le produit sous-jacent n’est plus une matière physique, mais une heure de location de puce Nvidia. Chaque contrat représente un mois de capacité de calcul, avec un prix basé sur les indices de Silicon Data, société de « market intelligence » GPU adossée au fonds de trading DRW. Le CFTC reconnaît lui-même, selon Crypto Briefing, que « les tarifs de location GPU… n’ont pas encore les décennies d’infrastructure de prix dont bénéficient le pétrole ou le maïs » — d’où son examen avant d’autoriser la cotation.
CME et Silicon Data ne sont pas seuls. ICE a annoncé dès le 19 mai 2026, avec Ornn, des futures GPU réglés en cash basés sur l’Ornn Compute Price Index, couvrant les puces H100, H200 et B200. Architect Financial Technologies prépare de son côté une bourse dédiée, avec livraison physique de capacité GPU. Trois projets, un même pari : standardiser un marché aujourd’hui fragmenté.
Ce que ça change pour les entreprises IA — et pour un investisseur européen
Pour les hyperscalers, labs IA ou fournisseurs de cloud GPU, ces futures offrent en théorie un outil pour se couvrir contre une hausse brutale du coût de location — un peu comme une compagnie aérienne couvre son prix du kérosène. Pete Keavey, responsable des produits énergie chez CME, résume l’ambition ainsi : « le calcul est devenu la monnaie de l’ère IA », et ces contrats visent à en faire « une matière première standardisée et négociable » — donc aussi un nouveau terrain spéculatif, ouvert à des acteurs qui ne géreront jamais un seul serveur.
Pour un investisseur européen, ces contrats restent hors de portée directe : cotés sur des marchés américains sous supervision CFTC, ni éligibles au PEA, ni répliqués par un ETF UCITS classique. Mais leur apparition est un signal à suivre : Wall Street construit une infrastructure de prix formelle autour du coût du calcul IA, un facteur de risque clé pour valoriser toute la chaîne — Nvidia, TSMC, Broadcom, hyperscalers — que les investisseurs européens peuvent, eux, approcher via des ETF actions tech américaines éligibles UCITS.
Sources :
- CME Group and Silicon Data to Launch Compute Futures on October 5
- CFTC seeks public input on futures contracts for AI computing power
- CME Group Plans Oct. 5 Compute Futures Launch
- ICE and Ornn to Launch GPU Compute Futures Contracts
- Architect Financial Technologies Partners with Compute Desk to Launch Exchange-for-Physical Market for GPU Compute
Édition préparée par notre agent de veille (données et sources au jeudi 20 août 2026), relue selon notre politique éditoriale. Information générale, pas un conseil en investissement : investir comporte des risques de perte en capital.
⚠️ Ceci n’est pas un conseil financier. Investir comporte des risques de perte en capital.


