Trading & Bourse · 10 min de lecture · Par Mathieu Dugue
Marchés IA : Unitree explose à Shanghai, la Chine défie SpaceX en orbite
Coup double pour la tech chinoise : le fabricant de robots humanoïdes Unitree bondit de 629% pour ses débuts en Bourse à Shanghai, pendant que LandSpace fait atterrir une fusée réutilisable et rejoint le club très fermé de SpaceX. Ailleurs, la remontée des taux longs américains fait trembler les valeurs IA du Nasdaq, et la saison des 13F révèle des paris diamétralement opposés chez les plus grands gérants de la planète.

Coup double pour la tech chinoise : le fabricant de robots humanoïdes Unitree bondit de 629% pour ses débuts en Bourse à Shanghai, pendant que LandSpace fait atterrir une fusée réutilisable et rejoint le club très fermé de SpaceX. Ailleurs, la remontée des taux longs américains fait trembler les valeurs IA du Nasdaq, et la saison des 13F révèle des paris diamétralement opposés chez les plus grands gérants de la planète.
Unitree bondit de 629% à Shanghai : la robotique humanoïde chinoise décroche sa première licorne cotée
Le fabricant chinois de robots humanoïdes et quadrupèdes Unitree a fait une entrée fracassante à la Bourse de Shanghai ce mercredi 19 août : son action a ouvert à 1 100 yuans, contre un prix d’introduction de 150,80 yuans, soit un bond de 629%. C’est la plus forte hausse de premier jour de cotation en Chine depuis le début de l’année.
L’essentiel :
- Valorisation à l’ouverture : environ 445 milliards de yuans, soit près de 66 milliards de dollars.
- Unitree a levé 6,1 milliards de yuans (905 millions de dollars), au-delà de son objectif initial de 4,2 milliards.
- La tranche réservée aux particuliers a été sursouscrite plus de 8 000 fois, un record pour une entreprise tech sur le STAR Market de Shanghai.
- DeepSeek figure parmi les investisseurs stratégiques de l’IPO, aux côtés de Tencent et du fonds de sécurité sociale chinois.
Un pari sur la robotique « déjà rentable »
Contrairement à beaucoup de start-up de robotique encore en pertes, Unitree se présente comme le premier fabricant mondial de robots humanoïdes par volume de ventes et revendique une activité déjà bénéficiaire. L’entreprise devient la première société de robotique humanoïde ou quadrupède cotée sur une grande Bourse mondiale : ni Boston Dynamics (filiale de SoftBank) ni l’américain Figure AI, encore privés, n’ont franchi ce cap. Le marché valorise donc Unitree environ 219 fois ses bénéfices, contre une moyenne sectorielle proche de 39 fois, un multiple qui traduit autant l’enthousiasme pour la robotique « physique IA » que la rareté d’un pur-player coté à se mettre sous la dent.
Ce qu’il faut surveiller pour la suite
Ce démarrage explosif ne dit rien de la trajectoire à moyen terme : la croissance du chiffre d’affaires d’Unitree a déjà nettement ralenti au premier semestre 2026 (+35 à 45%, contre +332% un an plus tôt), et le bénéfice net ajusté est attendu en repli sous l’effet d’une R&D en forte hausse. La vraie question est désormais la tenue du titre une fois l’euphorie retombée, notamment lorsque les investisseurs institutionnels pourront céder leurs parts. Pour un investisseur européen, Unitree reste une action A cotée à Shanghai, donc inaccessible en PEA et hors de portée d’un compte-titres classique sans courtier spécialisé ; l’exposition indirecte passe par des ETF UCITS dédiés à la robotique (comme KOID), avec une pondération chinoise généralement limitée.
Sources :
- China’s backflipping robot maker Unitree pops 542% in Shanghai debut
- Unitree Robotics surges 629% to US$66 billion valuation in Shanghai share debut
- Unitree Robotics Surges 629% After $904 Million Shanghai IPO
- Chinese Robot Maker Unitree Soars 629% in Shanghai Debut
- Unitree Begins Trading After 8000 Times IPO Demand
Chine : LandSpace fait atterrir une fusée réutilisable et rejoint le club fermé de SpaceX
Le même 19 août, la start-up chinoise LandSpace a réussi à faire atterrir le premier étage de sa fusée Zhuque-3 après un second vol orbital, devenant la première entreprise privée chinoise — et seulement la troisième au monde après SpaceX et Blue Origin — à récupérer un étage de fusée orbitale de cette taille.
L’essentiel :
- La fusée en acier inoxydable Zhuque-3 (66 mètres de haut) a décollé du centre spatial de Jiuquan et son premier étage s’est posé verticalement sur ses pieds déployables.
- Un premier essai, en décembre 2025, avait échoué : l’étage avait atteint l’orbite mais s’était écrasé en flammes lors de la tentative d’atterrissage.
- Zhuque-3 reprend l’architecture du Falcon 9 de SpaceX (étage réutilisable, neuf moteurs) mais fonctionne au méthane-oxygène liquide plutôt qu’au kérosène.
- LandSpace est elle-même en pleine procédure d’introduction en Bourse sur le STAR Market de Shanghai — le même marché qu’Unitree ce mercredi.
Un succès qui referme l’écart avec SpaceX
Après l’échec spectaculaire de décembre, où des experts du secteur estimaient la tentative « réussie à 90% », ce second essai valide la maîtrise technique de LandSpace sur l’atterrissage guidé — l’obstacle le plus dur à franchir dans la réutilisation des fusées. Le Falcon 9 de SpaceX reste la référence mondiale avec des centaines de vols réussis, mais LandSpace prouve que la Chine peut reproduire, avec quelques années de retard, la technologie qui a fait la fortune boursière de SpaceX. Un autre acteur chinois, le géant public CASC, avait déjà réalisé un atterrissage similaire, mais LandSpace est la première entreprise privée du pays à y parvenir.
Le lien direct avec la Bourse : une IPO en cours, mais une rentabilité lointaine
LandSpace a mis à jour son dossier d’introduction en Bourse fin juin, visant à lever environ 7,5 milliards de yuans (1,1 milliard de dollars) sur le STAR Market, dans la foulée d’une dizaine de start-up spatiales chinoises qui font la queue pour se coter. Mais les chiffres financiers restent modestes pour l’instant : un chiffre d’affaires 2025 de seulement 52 millions de yuans (7,7 millions de dollars) face à des pertes cumulées dépassant 4,8 milliards de yuans, avec un objectif de rentabilité repoussé à 2029. Comme Unitree, LandSpace resterait, une fois cotée, une action chinoise hors PEA pour les investisseurs européens, accessible seulement via un compte-titres ou des ETF UCITS exposés au secteur spatial au sens large.
Sources :
- Touchdown! Private Chinese rocket aces landing on 2nd-ever flight
- LandSpace nails rocket booster landing in first for China’s private launchers
- A Chinese reusable booster explodes in historic first orbital test
- Landspace targets $1 billion for reusable rockets as IPO application accepted
La remontée des taux longs fait chuter les valeurs IA du Nasdaq, Apple résiste
La Bourse américaine a de nouveau souffert le 18 août : le rendement des obligations du Trésor à 30 ans a grimpé jusqu’à environ 5,34%, son plus haut niveau depuis juin 2007, entraînant une vente massive sur les valeurs technologiques et, en particulier, sur les semi-conducteurs.
L’essentiel :
- Le Nasdaq Composite a reculé de 1,33% à 26 289,71 points, tandis que l’indice sectoriel des semi-conducteurs SOX a chuté de 5,5%.
- Le rendement à 10 ans a lui aussi grimpé, autour de 4,70%.
- CoreWeave, l’un des symboles de l’infrastructure IA financée à crédit, a plongé de 12,1% dans la séance.
- Les causes évoquées par les marchés : inquiétudes sur la dette publique américaine, craintes inflationnistes liées aux tensions autour de l’Iran et à la hausse du pétrole, et l’ampleur des emprunts liés à la course aux data centers IA.
Pourquoi des taux plus élevés font mal aux valeurs IA en particulier
Le mécanisme est assez direct : les géants de l’IA (hyperscalers, opérateurs de data centers comme CoreWeave ou Nebius) financent une partie de leurs investissements massifs par de la dette, et des taux plus élevés renchérissent ce financement tout en réduisant la valeur actualisée de leurs profits futurs promis aux investisseurs. C’est exactement le débat que traverse le secteur depuis plusieurs semaines entre les tenants d’un « super-cycle » de la demande de calcul et ceux qui redoutent une bulle entretenue par du financement circulaire. La chute de CoreWeave illustre ce nœud : l’entreprise vient de relever son budget d’investissement 2026 à 35-39 milliards de dollars, financé en bonne partie par de la dette dont les intérêts pèsent déjà lourd sur ses résultats.
Apple, valeur refuge inattendue de la tech américaine
Dans cette même séance, Apple a fait figure d’exception en résistant mieux que le reste des « Magnificent Seven », prolongeant une dynamique observée depuis fin juillet : les investisseurs qui redoutent l’ampleur du capex IA se replient vers des entreprises dont les revenus dépendent moins de la course aux data centers. C’est un signal à suivre pour un investisseur européen exposé à la tech américaine via un ETF actions US ou tech UCITS (hors PEA pour la plupart de ces valeurs, à l’exception des rares sociétés européennes du secteur comme ASML) : la remontée des taux longs américains n’affecte pas toutes les valeurs IA de la même façon, et la dispersion entre gagnants et perdants s’accentue.
Sources :
- US Bond Selloff Drives 30-Year Yields to Highest Since 2007
- Stock Market Today (Aug. 18, 2026): Nasdaq, S&P 500 slip as 30-year Treasury yield hits highest point in nearly two decades
- Nasdaq Sinks as Higher Bond Yields Pressure Tech Stocks
- Stock Market Today, Aug. 18: CoreWeave Falls as Debt-Financing Concerns and Capital Spending Pressures Rise With Interest Rates
- Stock market today: live updates
Saison des 13F : les hedge funds se déchirent sur les valeurs IA
Les dépôts réglementaires 13F, qui dévoilent les positions des grands fonds américains au 30 juin 2026, révèlent cette semaine une rotation marquée hors des fabricants de puces « historiques » vers les grands acheteurs de calcul IA — et des paris diamétralement opposés sur certaines valeurs vedettes.
L’essentiel :
- Stanley Druckenmiller (Duquesne Family Office) a soldé intégralement cinq valeurs puces et photonique — Micron, Intel, Broadcom, Lattice Semiconductor et Coherent — au deuxième trimestre.
- En échange, il a plus que multiplié par dix sa position dans Amazon, ouvert des lignes dans Alphabet, TSMC et Lam Research, et pris des positions sur des opérateurs de data centers/anciens mineurs de cryptomonnaies reconvertis dans le calcul IA (IREN, Bitdeer, Riot Platforms, Hut 8).
- Broadcom a été désertée par plusieurs poids lourds au T2 : Third Point et Duquesne en sont sortis intégralement, tout comme D1 Capital, pendant que Tiger Global réduisait sa position de moitié.
- Sur CoreWeave, David Tepper (Appaloosa) a ouvert une nouvelle position de 107 millions de dollars, tandis que George Soros détenait, à la même date, des positions de vente (puts) d’une valeur notionnelle d’environ 65 millions de dollars sur le même titre.
Une rotation « des pelles vers les chercheurs d’or »
Le mouvement dominant de ce trimestre est clair : plusieurs grands gérants réduisent leur exposition aux fournisseurs de puces qui ont le plus profité de la ruée vers l’IA depuis deux ans, pour se repositionner sur les entreprises qui achètent et exploitent ce calcul — hyperscalers comme Amazon et Alphabet, fondeur TSMC, équipementier Lam Research, ou opérateurs de data centers. Une lecture possible est que ces gérants jugent la partie « la plus facile » du pari sur les puces déjà bien valorisée, et cherchent une nouvelle source de rendement dans l’infrastructure qui exploite ces puces.
CoreWeave, terrain d’affrontement entre optimistes et sceptiques
Le cas CoreWeave illustre bien la divergence de vues : Tepper y voit un pari de croissance sur l’infrastructure IA, quand Soros s’y couvre avec des puts — une position qui, selon les analystes, ressemble davantage à une couverture qu’à un pari baissier pur, les 13F ne révélant ni le prix d’exercice ni la prime payée. Ce pari a pris une tournure ironique : le titre CoreWeave a chuté de 12,1% le 18 août, quelques jours après la publication de ces positions. Pour l’investisseur européen, l’essentiel est de garder en tête que ces documents 13F sont une photographie datée (positions arrêtées au 30 juin, publiées mi-août) : ils ne renseignent ni sur les décisions prises depuis, ni sur la taille réelle des paris optionnels, et ne constituent en rien une recommandation à suivre.
Sources :
- 2 Stocks to Buy That Stanley Druckenmiller Added While Exiting 5 Chip and Photonics Stocks
- Billionaire Stanley Druckenmiller Dumped Micron and Intel, and More Than 11X’d Duquesne’s Stake in an AI Pioneer
- Billionaire Stanley Druckenmiller and Brad Gerstner Both Dumped Broadcom and Bought This AI Stock Instead
- David Tepper Just Made a $107 Million Bet on Top AI Stock. George Soros Is Holding Puts Against It.
- David Tepper’s Latest AI Bet Is CoreWeave
Édition préparée par notre agent de veille (données et sources au mercredi 19 août 2026), relue selon notre politique éditoriale. Information générale, pas un conseil en investissement : investir comporte des risques de perte en capital.
⚠️ Ceci n’est pas un conseil financier. Investir comporte des risques de perte en capital.


