Trading & Bourse · 11 min de lecture · Par Mathieu Dugue
Marchés IA : Anthropic à 65 Md$, Nvidia boucle l’Ohio, SpaceX rebondit
Anthropic annonce un revenu annualisé de 65 milliards de dollars, contre 47 milliards à peine en mai, à quelques semaines d’une IPO qui viserait jusqu’à 2 000 milliards de valorisation. Pendant que Nvidia boucle son soutien financier au méga data center d’OpenAI dans l’Ohio, l’action SpaceX rebondit de 40 % en cinq séances et un hedge fund vedette de l’IA implose sous son propre effet de levier.

Anthropic annonce un revenu annualisé de 65 milliards de dollars, contre 47 milliards à peine en mai, à quelques semaines d’une IPO qui viserait jusqu’à 2 000 milliards de valorisation. Pendant que Nvidia boucle son soutien financier au méga data center d’OpenAI dans l’Ohio, l’action SpaceX rebondit de 40 % en cinq séances et un hedge fund vedette de l’IA implose sous son propre effet de levier.
Anthropic : le revenu bondit à 65 milliards de dollars, une IPO à 2 000 milliards en ligne de mire
Anthropic a confié à ses investisseurs que son revenu annualisé a atteint 65 milliards de dollars fin juillet, contre 47 milliards en mai et à peine 9 milliards fin 2025. La startup, éditrice de Claude, prépare son entrée en Bourse sur cette base.
L’essentiel :
- Revenu annualisé : 65 Md$ fin juillet (vs 47 Md$ en mai, ~9 Md$ fin 2025) — soit une multiplication par plus de 7 en huit mois.
- Anthropic présente aux banques une projection de 190 à 200 Md$ de revenus pour 2028, sur laquelle repose la valorisation visée pour l’IPO.
- Plusieurs investisseurs évoquent désormais une valorisation d’introduction pouvant atteindre 2 000 Md$, contre 965 Md$ lors du dernier tour privé de juin.
- Cotation prévue sur le Nasdaq (pas de PEA) : exposition possible via un compte-titres ordinaire ou un ETF actions technologiques américaines au format UCITS une fois l’action cotée.
Une croissance qui bouscule les repères du secteur
Le chiffre de 65 milliards de dollars n’est pas un résultat audité mais une indication transmise en interne aux investisseurs, selon Reuters et CNBC. Il placerait Anthropic devant le rythme annuel de revenus d’OpenAI, évalué à environ 40 milliards de dollars par Bloomberg mi-août. Pour le deuxième trimestre 2026, Anthropic anticiperait au moins 10,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires, soit plus du double du trimestre précédent, et un premier bénéfice d’exploitation trimestriel d’environ 559 millions de dollars.
Cette accélération intervient alors que le calendrier de l’IPO se resserre : plusieurs médias évoquent désormais septembre ou octobre 2026, avec un risque qu’Anthropic devance OpenAI, dont le dossier pourrait glisser à 2027.
Un pari sur 2028, pas sur aujourd’hui
Ce qui frappe les analystes, c’est la méthode de valorisation. Les banques chargées de l’introduction appliquent des multiples de revenus à la projection 2028 de 190-200 milliards de dollars plutôt qu’aux revenus actuels — une pratique inhabituelle qui « saute » trois années de résultats réels. Elles s’appuient sur des comparables comme Palantir (53 fois le revenu 2026 attendu) ou Cloudflare (41,6 fois), selon des données LSEG citées par Reuters.
Ce pari suppose que la croissance à trois chiffres se maintienne alors que les dépenses de calcul, d’entraînement des modèles et de recrutement continuent de peser sur les marges. Un stratège de marché a qualifié début août le multiple envisagé pour l’IPO (40 à 50 fois le revenu) de potentiellement « dangereux ». Pour un investisseur européen, l’épisode illustre un trait commun aux futures cotations des labos IA : la valorisation se construit sur des promesses de croissance à trois ou quatre ans, un horizon qui amplifie mécaniquement le risque en cas de déception.
Sources :
- Anthropic revenue run rate tops $65 billion, source says (Reuters)
- Anthropic tells investors annualized revenue run rate climbed to $65 billion in July (CNBC)
- Anthropic’s annualized revenue surges to $65B (TechCrunch)
- Anthropic’s revenue run rate reportedly surpasses $65 billion pre-IPO (Axios)
- Anthropic IPO valuation rests on up to $200 billion 2028 revenue target (Reuters)
Nvidia boucle son soutien de 105 milliards de dollars au méga data center d’OpenAI dans l’Ohio
Après plusieurs semaines de négociations et un montant revu à la baisse à deux reprises, Nvidia a officialisé le 17 août l’accord de financement du campus de data centers que SB Energy construit pour OpenAI dans l’Ohio.
L’essentiel :
- Nvidia garantit jusqu’à 105 Md$ des obligations de location du campus, et investit en plus 1,5 Md$ en fonds propres directement dans SB Energy (filiale énergie de SoftBank).
- Le campus, baptisé PORTS-Pike Technology Campus, doit atteindre 8 GW de capacité sur l’ancien site d’enrichissement d’uranium de Piketon (Ohio) ; bail de 20 ans avec OpenAI.
- Montée en puissance par phases : environ 0,8 GW dès 2028, garantie ferme sur 4,25 GW, option sur 3,75 GW supplémentaires.
- SB Energy et SoftBank s’engagent à construire plus de 10 GW de production électrique et à investir 4,2 Md$ dans le réseau électrique régional.
Un montant revu trois fois en trois semaines
Le montant a beaucoup varié depuis les premières révélations fin juillet, qui évoquaient une garantie de 250 Md$. Sous la pression d’investisseurs inquiets du risque pris par Nvidia, l’enveloppe était déjà redescendue sous les 120 Md$ mi-août. Le chiffre définitif, 105 Md$, publié via un communiqué officiel de Nvidia et un dépôt réglementaire le 17 août, ne couvre que la garantie de location de la première phase du chantier — une enveloppe distincte pour financer les achats de puces d’OpenAI (jusqu’à 350 Md$ évoqués fin juillet) resterait en discussion séparée.
L’action Nvidia a réagi avec un calme relatif : elle a clôturé quasiment stable (-0,1%) le jour de l’annonce, un signe que le marché juge l’engagement final — équivalent à environ deux trimestres de trésorerie disponible de Nvidia selon plusieurs analystes — plus digeste que la version initiale à 250 Md$.
Le débat sur le « financement circulaire » continue
Ce montage, où le fournisseur de puces garantit indirectement l’achat de ses propres processeurs par son client, alimente depuis fin juillet les critiques d’investisseurs sur un risque de « financement circulaire ». Jensen Huang a de nouveau rejeté ce terme le 17 août, avançant que le site pourrait générer jusqu’à 600 Md$ de revenus de calcul Nvidia d’ici 2030 une fois les 8 GW déployés. L’accord illustre l’ampleur du « plus grand data center jamais construit » : Piketon doit accueillir exclusivement des puces Nvidia, sur un site industriel de la guerre froide reconverti pour l’IA. Pour un investisseur européen, l’exposition à ce type de pari reste indirecte — via Nvidia elle-même (compte-titres, non éligible PEA) ou des ETF semi-conducteurs mondiaux — et dépend largement de la capacité d’OpenAI, toujours privée, à honorer un bail de 20 ans.
Sources :
- NVIDIA Guarantees SB Energy’s PORTS-Pike Technology Campus in Ohio (NVIDIA Newsroom)
- Nvidia to invest $1.5 billion in SB Energy under OpenAI data center deal (Reuters)
- Nvidia Will Back First Phase of OpenAI Ohio Project With as Much as $105 Billion (Bloomberg)
- Nvidia Lines Up $105 Billion For OpenAI. Here’s What it Means For Investors. (Motley Fool via Yahoo Finance)
SpaceX : l’action rebondit de 40% en cinq séances, Nvidia et Alphabet dévoilent leurs participations
Après un été de baisse continue depuis son pic de juin, l’action SpaceX (SPCX) reprend des couleurs. Elle a bondi d’environ 40% entre son point bas du 3 août et le 13 août, portée par une vague de dépôts réglementaires qui révèle qui parie sur le groupe d’Elon Musk.
L’essentiel :
- L’action est passée d’un plus bas de 104,83$ le 3 août à environ 146$ le 13 août (+40% en cinq séances), ajoutant près de 530 Md$ de capitalisation, avant de refluer légèrement autour de 140$ le 17 août.
- Le déblocage de 911 millions d’actions d’initiés le 6 août n’a pas provoqué la vague de ventes redoutée ; le taux de positions vendeuses à découvert est retombé d’environ 34% à 11% du flottant.
- De nouveaux dépôts 13F révèlent que Nvidia détient 21 Md$ d’actions SpaceX (issus d’un investissement de 2 Md$ dans xAI absorbé par SpaceX), portant à environ 115,5 Md$ le cumul des participations connues de Nvidia, Alphabet (94 Md$) et AMD (565 M$).
- Douze family offices, dont ceux des familles Pritzker (1,8 Md$) et Rinehart (1,4 Md$), détiennent ensemble environ 3,8 Md$ d’actions SpaceX, selon Bloomberg.
Le marché absorbe le choc des déblocages d’actions
L’action SpaceX avait perdu jusqu’à la moitié de sa valeur entre son pic de juin (225,64$) et son point bas début août, sur fond de craintes liées aux vagues successives de déblocage d’actions et à des pertes toujours importantes chez xAI. Le fait que le marché ait absorbé sans casse le déblocage du 6 août — le plus important à ce jour — a rassuré les investisseurs, tout comme l’effondrement du taux de vente à découvert. Morgan Stanley maintient un objectif de cours de base à 300$ (scénario haussier à 600$), et Goldman Sachs a évoqué un marché spatial mondial pouvant atteindre 1 800 Md$ d’ici 2035.
Nvidia et Alphabet, actionnaires malgré eux de la fusée
La nouveauté de la semaine tient surtout aux dépôts 13F, qui obligent les investisseurs institutionnels à dévoiler leurs positions au 30 juin. Ils révèlent que Nvidia est devenu actionnaire de SpaceX presque par ricochet : sa participation de 21 Md$ provient d’un investissement de 2 Md$ réalisé en 2025 dans xAI, avant que la startup d’Elon Musk ne soit absorbée par SpaceX début 2026. Alphabet, elle, capitalise sur un pari bien plus ancien (900 millions de dollars investis il y a plus de dix ans) devenu l’un des meilleurs coups de l’histoire du capital-risque tech. Ce jeu de participations croisées — un fournisseur de puces devenant actionnaire de son client, lui-même actionnaire d’un autre labo IA — illustre la concentration croissante des grands noms de la tech américaine autour d’un même écosystème. Pour un investisseur européen, SpaceX (Nasdaq) reste hors PEA ; l’exposition indirecte passe par Nvidia et Alphabet elles-mêmes, éligibles au format UCITS.
Sources :
- Family Offices Amass $3.8 Billion SpaceX Bet in Boost for Musk (Bloomberg)
- Nvidia and Alphabet hold $115B worth of SpaceX stock (Fierce Network)
- Nvidia just took a very serious step on SpaceX stock (TheStreet)
- Family offices amass $3.8 billion SpaceX bet in boost for Elon Musk (Business Standard)
Le fonds vedette d’un ex-chercheur d’OpenAI explose en plein vol : la leçon du levier dans l’IA
Le nom de Leopold Aschenbrenner, 24 ans, ancien chercheur d’OpenAI devenu gérant de hedge fund vedette, refait surface cette semaine dans de nouveaux documents réglementaires. Ils détaillent comment son fonds Situational Awareness a perdu près des deux tiers de sa valeur en un mois, forçant une vente d’urgence à Citadel.
L’essentiel :
- Situational Awareness LP a culminé à environ 45 Md$ d’actifs mi-2026 après un gain de plus de 1 000% depuis sa création, porté par des paris à effet de levier x4 sur les valeurs liées à l’IA.
- Entre le 30 juin et le 29 juillet, le fonds a perdu environ 67% de sa valeur : SanDisk -55%, Micron -36%, Bloom Energy -46%, TSMC -21,6%, contre -2,3% pour le S&P 500 sur la même période.
- Les appels de marge de Goldman Sachs, JPMorgan et Bank of America ont forcé la vente d’environ 16 Md$ de positions cotées à Citadel (Ken Griffin), avec une décote d’environ 10%.
- Il ne reste au fonds, désormais un véhicule privé, qu’une participation estimée à 5 Md$ dans Anthropic — non liquidable à court terme.
Un pari haussier détruit par son propre effet de levier
Aschenbrenner s’était fait connaître en 2024 avec un essai très commenté, « Situational Awareness », pariant sur une intelligence artificielle générale d’ici la fin de la décennie et sur un boom massif des infrastructures de calcul pour l’atteindre. Son fonds avait transformé cette conviction en portefeuille très concentré sur les fabricants de mémoire et de puces (SanDisk, Micron, TSMC) et sur des opérateurs de data centers (CoreWeave, Nebius), amplifié par un levier d’environ quatre fois le capital. Tant que ces valeurs montaient, l’effet de levier démultipliait les gains. Fin juin, un repli des valeurs mémoire et semi-conducteurs a inversé la mécanique : les pertes ont, elles aussi, été multipliées par quatre, déclenchant des appels de marge en cascade chez les trois banques prêteuses du fonds.
Ce que cet épisode dit du risque caché dans le trade IA
L’histoire n’a pas ébranlé les marchés dans leur ensemble — le S&P 500 n’a perdu que 2,3% sur la période — mais elle illustre un risque propre à la thématique IA : la concentration extrême sur un petit nombre de valeurs, combinée au levier, peut transformer une conviction en catastrophe en quelques semaines, même quand la thèse de fond (la demande de calcul IA) reste intacte. Pour un particulier investissant sur les marchés européens, l’épisode n’est pas directement réplicable — un compte-titres ou un PEA classique n’autorise pas ce type de levier — mais il rappelle pourquoi la diversification via un ETF UCITS sectoriel reste plus résiliente qu’un pari concentré, aussi convaincant soit le raisonnement de départ.
Sources :
- Situational Awareness’ 13F Reveals an $11 Billion AI Bet That Unraveled in Under a Month (24/7 Wall St.)
- Leopold Aschenbrenner Situational Awareness fund: $45B to fire sale (CNBC)
- Citadel Buys Situational Awareness Portfolio as 4x Leverage Ends AI Fund’s 1,000% Run (Tech Times)
- Leopold Aschenbrenner was up 439% — then 4x leverage wiped out 67% of his $45B AI hedge fund in one month (Yahoo Finance)
Édition préparée par notre agent de veille (données et sources au mardi 18 août 2026), relue selon notre politique éditoriale. Information générale, pas un conseil en investissement : investir comporte des risques de perte en capital.
⚠️ Ceci n’est pas un conseil financier. Investir comporte des risques de perte en capital.


