Trading & Bourse · 10 min de lecture · Par Mathieu Dugue
Marchés IA : Nvidia recule sur l’Ohio, vise 1000 Md$, SpaceX dévoile ses actionnaires
Nvidia resserre sa garantie financière pour le méga data center d’OpenAI en Ohio, tout en doublant son objectif de ventes de puces à plus de 1 000 milliards de dollars d’ici 2027. Pendant ce temps, les relevés trimestriels dévoilent qui a discrètement misé sur SpaceX, et Nebius fait grimper le prix de ses contrats de data centers IA.

Nvidia resserre sa garantie financière pour le méga data center d’OpenAI en Ohio, tout en doublant son objectif de ventes de puces à plus de 1 000 milliards de dollars d’ici 2027. Pendant ce temps, les relevés trimestriels dévoilent qui a discrètement misé sur SpaceX, et Nebius fait grimper le prix de ses contrats de data centers IA.
Nvidia réduit de moitié sa garantie pour le data center géant d’OpenAI en Ohio
Nvidia revoit à la baisse son engagement financier sur le plus gros projet de data center jamais annoncé, après des inquiétudes d’investisseurs sur sa prise de risque.
L’essentiel :
- Nvidia devait garantir environ 250 milliards de dollars de la dette et du bail liés au campus de 10 gigawatts que loue OpenAI à SB Energy, la filiale énergie de SoftBank, sur le site d’une ancienne usine d’enrichissement d’uranium à Piketon, dans l’Ohio.
- Ce montant est ramené à moins de 120 milliards de dollars, selon le Wall Street Journal, et ne couvrirait désormais que la première phase du chantier.
- Un accord pourrait être signé dès ce week-end ; une enveloppe distincte, jusqu’à 350 milliards de dollars, reste en discussion pour financer directement l’achat des puces par OpenAI.
- L’action Nvidia a reculé d’environ 5% quand la nouvelle a circulé.
Pourquoi Nvidia lève un peu le pied
Le projet Ohio devait faire de Nvidia le garant financier d’un client qui n’a pas encore de note de crédit « investment grade » : OpenAI n’est pas rentable et ne peut pas emprunter seul à bon compte pour un chantier de plus de 500 milliards de dollars (puces comprises). Nvidia se portait donc caution, un montage que plusieurs observateurs, dont l’investisseur Michael Burry, qualifient de « financement circulaire » : le vendeur de puces garantit indirectement l’achat de ses propres puces.
Selon le Wall Street Journal, ce sont justement des investisseurs de Nvidia qui ont poussé à réduire la voilure. Le nouveau montage limite l’exposition de Nvidia à la première tranche du data center plutôt qu’à l’ensemble du campus de 10 GW, un chantier estimé à plus de 500 milliards de dollars au total. Le principe même de l’accord n’est pas remis en cause : OpenAI a toujours besoin de ce data center pour tenir ses promesses de calcul, et Nvidia a toujours intérêt à ce que le chantier sorte de terre.
Une prudence qui n’empêche pas les gros paris ailleurs
Ce recul ponctuel ne change rien à la stratégie de fond de Nvidia, qui a par ailleurs signé début août des accords avec six géants financiers (Goldman Sachs, BlackRock, KKR notamment) pour mobiliser plus de 500 milliards de dollars de capitaux tiers destinés à l’infrastructure de calcul IA. La différence : cet argent vient d’investisseurs extérieurs, pas du bilan de Nvidia elle-même, ce qui réduit son risque direct en cas de défaut d’un projet.
Pour un investisseur européen, l’épisode illustre un point simple : les montages de financement autour des data centers IA sont scrutés de très près par le marché, et un simple ajustement de garantie suffit à faire bouger le cours d’une valeur pesant plus de 5 000 milliards de dollars. Nvidia (Nasdaq) n’est pas éligible au PEA ; l’exposition passe par un compte-titres ordinaire ou un ETF actions américaines/technologiques au format UCITS.
Sources :
- Nvidia scales back funding guarantee for Ohio OpenAI data center, WSJ reports
- Nvidia scales back $250 billion OpenAI data center guarantee, WSJ reports
- Nvidia weighs $250 billion guarantee so OpenAI can lease SoftBank’s 10-gigawatt Ohio campus
- Nvidia scales back OpenAI data-center guarantee to less than $120B, WSJ reports
SpaceX en Bourse : les relevés trimestriels dévoilent qui a misé gros
Les documents 13F déposés à la SEC pour le deuxième trimestre montrent, pour la première fois, l’ampleur des positions de plusieurs grands investisseurs institutionnels sur SpaceX.
L’essentiel :
- Harvard Management Company détient 2,2 milliards de dollars d’actions SpaceX au 30 juin, sa plus grosse ligne d’actions américaines, devant Amazon et Nvidia.
- L’Université de Californie a déclaré une position d’environ 1 milliard de dollars ; l’Université de Caroline du Nord et celle de Washington à St. Louis ont aussi profité de la hausse.
- AMD détient environ 3,3 millions d’actions SpaceX, soit plus de 565 millions de dollars, un pari présenté comme financier plutôt que stratégique.
- SpaceX, entrée en Bourse à 135 dollars par action en juin, valorisée environ 1 800 milliards de dollars mi-août, reste très en dessous de son pic de juin.
Pourquoi tout le monde dévoile ses jetons en même temps
Ce n’est pas une coïncidence si plusieurs fonds révèlent leurs positions le même jour : la SEC oblige les investisseurs institutionnels gérant plus de 100 millions de dollars à publier un formulaire 13F chaque trimestre, avec un délai de 45 jours après la clôture. Comme SpaceX n’est cotée que depuis juin, ce dépôt du 30 juin est le tout premier à révéler qui, parmi les grands fonds américains, détenait déjà des actions avant même l’introduction en Bourse. Harvard, avec 4,3 milliards de dollars d’actions américaines au total dans ce dépôt, avait donc concentré plus de la moitié de son portefeuille coté sur ce seul pari.
Le paradoxe AMD : actionnaire, mais hors du calcul IA
Le cas d’AMD est plus révélateur encore. Elon Musk a confirmé début août que l’intelligence artificielle de SpaceX tournerait exclusivement sur des puces Nvidia, écartant AMD des commandes liées au « space compute ». Malgré cela, AMD a choisi de garder, voire renforcer, une participation financière dans SpaceX : le pari porte sur la croissance de Starlink (plus de 12 millions d’abonnés, contre 2,3 millions fin 2023), la fabrication de satellites et l’expansion des lancements, pas sur des commandes de puces. Autrement dit, être exclu d’un contrat n’empêche pas de vouloir profiter de la martingale.
Pour un investisseur européen, ces dépôts confirment surtout une chose : SpaceX (SPCX, Nasdaq) n’est pas éligible au PEA, ni les grandes valeurs américaines qui la détiennent. L’exposition indirecte passe par un compte-titres ordinaire ou un ETF actions américaines au format UCITS, avec une pondération SpaceX généralement marginale.
Sources :
- Harvard Fund Discloses $2.2 Billion Stake in Musk’s SpaceX
- Harvard’s $2.2B SpaceX Stake Tops Amazon, Nvidia Bets
- AMD’s $566 Million SpaceX Stake Raises a Bigger Question Than AI Chip Orders
- SpaceX Stock (SPCX): Nvidia, Alphabet, and AMD Reveal Huge Stakes
Nvidia double son pari : plus de 1 000 milliards de dollars de ventes de puces IA visées d’ici 2027
Même semaine, deux signaux opposés chez Nvidia : prudence sur un projet précis en Ohio, mais objectif de ventes doublé sur l’ensemble de sa gamme de puces IA.
L’essentiel :
- Jensen Huang porte l’objectif cumulé de ventes des puces Blackwell et Vera Rubin, sur la période 2025-2027, de 500 à plus de 1 000 milliards de dollars.
- Le chiffre d’affaires data center du premier trimestre de l’exercice fiscal 2027 (clos fin janvier) a grimpé de 92% sur un an, à 75 milliards de dollars.
- Nvidia justifie ce doublement par la « visibilité de la demande », portée notamment par la montée en puissance de l’inférence (l’utilisation des modèles déjà entraînés, par opposition à leur entraînement).
- La capitalisation de Nvidia dépasse 5 000 milliards de dollars.
D’où vient ce doublement
Le précédent objectif de Jensen Huang, fixé en avril, visait 500 milliards de dollars de ventes cumulées sur les puces Blackwell et Vera Rubin entre 2025 et 2027. Quatre mois plus tard, il double la mise : plus de 1 000 milliards de dollars sur la même période, un chiffre qui ne couvre que les puces elles-mêmes, pas les systèmes complets ni les services associés — le total réel pourrait donc être encore supérieur, selon Nvidia. Le raisonnement s’appuie sur la trajectoire déjà observée : le chiffre d’affaires data center progresse de 92% sur un an, et les commandes des grands clients (OpenAI, Microsoft, Meta, Anthropic) restent soutenues malgré les débats sur une possible bulle.
Le risque d’exécution, et le lien avec le débat sur la bulle IA
Ce genre d’objectif porte en lui un risque d’exécution évident : Nvidia doit fabriquer et livrer des puces à une échelle inédite, gérer une chaîne d’approvisionnement de plus en plus complexe entre plusieurs générations de produits, et conserver une avance technologique suffisante pour que les clients ne se tournent pas vers des alternatives (AMD, puces maison des hyperscalers, concurrents chinois). C’est précisément parce que la demande semble insatiable que Nvidia multiplie, au même moment, les montages de financement pour ses clients — dont la garantie Ohio revue à la baisse plus haut. Doubler l’objectif de ventes tout en réduisant l’exposition financière directe sur un projet précis n’est pas contradictoire : c’est une façon de continuer à pousser la demande sans porter seule tout le risque de crédit qui va avec.
Pour un investisseur européen, Nvidia (Nasdaq) n’est pas éligible au PEA ; l’accès passe par un compte-titres ordinaire ou un ETF actions américaines/technologiques au format UCITS. Ce relèvement d’objectif est une déclaration de l’entreprise elle-même, pas une prévision indépendante garantie.
Sources :
- Jensen Huang Doubled Nvidia’s Own Sales Forecast to $1 Trillion Through 2027
- Nvidia CEO Huang says company sees more than $1 trillion in sales through 2027
- Nvidia Sees Sales Goal Topping $1 Trillion With New Markets
- Nvidia CEO Jensen Huang assures investors on growth, $1T sales forecast
Nebius fait grimper le prix de ses data centers IA : jusqu’où va le calcul à 100 milliards ?
Le loueur de puissance de calcul IA Nebius relève pour la troisième fois de l’année son objectif de capacité électrique sous contrat, et négocie ses nouveaux baux à des prix nettement plus élevés.
L’essentiel :
- Nebius porte son objectif de puissance électrique sous contrat de 4 à 5 gigawatts d’ici fin 2026, après l’avoir déjà relevé de 3 à 4 GW en mai.
- Ses contrats les plus récents se négocient entre 20 et 25 millions de dollars par mégawatt pour des baux de moyen terme, et jusqu’à 40-50 millions pour du court terme.
- Nebius a signé environ 46 milliards de dollars de contrats cumulés sur cinq ans avec Meta et Microsoft.
- Chiffre d’affaires du deuxième trimestre 2026 : 582 millions de dollars, en hausse de 454% sur un an ; action +8,9% après la publication.
La mécanique de la hausse des prix
En multipliant simplement les 5 gigawatts visés par les 20 millions de dollars par mégawatt du bas de la fourchette, la presse spécialisée arrive à un potentiel de plus de 100 milliards de dollars de revenus. Il faut être clair sur ce que représente ce chiffre : ce n’est pas un objectif officiel publié par Nebius, mais une extrapolation arithmétique construite à partir de deux données réelles de l’entreprise (la capacité visée et le prix au mégawatt des derniers contrats). Nebius elle-même reste plus prudente dans ses objectifs chiffrés officiels, avec un chiffre d’affaires annuel 2026 visé entre 3 et 3,4 milliards de dollars et un rythme annualisé de 7 à 9 milliards en fin d’année.
Ce que cette hausse de prix raconte vraiment
Ce qui est vérifiable, en revanche, c’est que Nebius arrive à louer sa capacité plus cher qu’il y a quelques mois : les contrats à 20-25 millions de dollars par mégawatt sont supérieurs aux niveaux antérieurs, et l’entreprise affirme pouvoir déjà vendre toute sa capacité 2027 sur ces bases si elle le souhaitait, mais préfère en garder une partie pour des clients ponctuels prêts à payer plus cher. C’est un signe de rareté persistante de la capacité de calcul IA disponible, plus que la confirmation d’un chiffre d’affaires à 100 milliards.
Pour un investisseur européen, Nebius Group (Nasdaq : NBIS) est une société de droit néerlandais mais cotée uniquement à New York : elle n’est pas éligible au PEA, l’accès passe par un compte-titres ordinaire ou un ETF actions américaines/technologiques au format UCITS.
Sources :
- Nebius’ Contracted Power Guidance Continues to Surge. Here’s What That Means for the Stock.
- Nebius Lifts Power Target to 5 GW After Record Quarter
- Nebius Posts 454% Revenue Growth, FY Guidance Reflects Controversial Vineland Project
- Rent-a-GPU outfit Nebius promises rapid 1 GW powerup plan isn’t nebulous
Édition préparée par notre agent de veille (données et sources au lundi 17 août 2026), relue selon notre politique éditoriale. Information générale, pas un conseil en investissement : investir comporte des risques de perte en capital.
⚠️ Ceci n’est pas un conseil financier. Investir comporte des risques de perte en capital.


