Trading & Bourse · 14 min de lecture · Par Mathieu Dugue
Marchés IA : Microsoft voit grand, Oracle rassure, Anthropic vise 2 000 Md$
Entre le plan à 38 gigawatts de Microsoft, les comptes qui rassurent d’Oracle et la démission qui secoue la pré-IPO d’Anthropic, l’argent continue d’affluer vers l’IA – mais chaque acteur doit désormais prouver que les chiffres tiennent la route. Pendant que SpaceX signe de nouveaux contrats de calcul à la structure étonnamment flexible, l’investisseur Michael Burry réduit discrètement ses paris baissiers sur le secteur.

Entre le plan à 38 gigawatts de Microsoft, les comptes qui rassurent d’Oracle et la démission qui secoue la pré-IPO d’Anthropic, l’argent continue d’affluer vers l’IA – mais chaque acteur doit désormais prouver que les chiffres tiennent la route. Pendant que SpaceX signe de nouveaux contrats de calcul à la structure étonnamment flexible, l’investisseur Michael Burry réduit discrètement ses paris baissiers sur le secteur.
Microsoft veut plus que tripler ses data centers IA d’ici 2032
Selon Bloomberg, Microsoft prépare un plan interne pour porter sa capacité mondiale de data centers à plus de 38 gigawatts d’ici 2032, contre environ 12 GW aujourd’hui. Un pari à plusieurs centaines de milliards de dollars pour sortir enfin de la pénurie de calcul qui lui fait perdre des clients.
L’essentiel :
- Bloomberg révèle le 10 septembre un plan interne visant plus de 38 GW de capacité de data centers pour Microsoft d’ici 2032, contre environ 12 GW actuellement — plus qu’un triplement.
- Sur les 12 GW actuels, seuls environ 2 GW sont dédiés aux puces IA ; cette part doit grimper à près d’un tiers des 38 GW visés en 2032.
- Plusieurs médias asiatiques relaient le même jour l’idée que Microsoft aurait dû refuser des clients cloud et IA faute de serveurs disponibles (« lost customers due to server shortage »).
- Les sources de Bloomberg précisent que ces projections internes restent susceptibles d’évoluer : délais de construction, contraintes réglementaires, ruptures technologiques.
- Nvidia, bénéficiaire potentiel en puces supplémentaires, a grimpé de 0,5% en après-Bourse sur cette seule information.
Une pénurie de calcul qui coûte des clients, pas un simple plan marketing
Ce chiffre de 38 GW n’est pas un objectif officiel communiqué par Microsoft : c’est une projection interne rapportée par des sources de Bloomberg, à prendre comme telle. Mais il confirme un constat déjà documenté cette année : les grands clients cloud et IA (entreprises, mais aussi labos comme Anthropic ou OpenAI) se heurtent régulièrement à un mur de capacité chez tous les hyperscalers. Amazon avait déjà relevé son budget d’investissement 2026 à 220 Md$ cet été pour la même raison, et Oracle multiplie les data centers pour honorer un carnet de commandes IA qui dépasse désormais 660 Md$ (voir plus bas). Microsoft, qui a longtemps loué de la capacité à des tiers plutôt que de construire massivement en propre, semble ici basculer vers une stratégie beaucoup plus capitalistique — au risque d’alimenter encore le débat sur la soutenabilité financière de cette course aux infrastructures.
Ce que ça change pour un investisseur européen
Microsoft est coté au Nasdaq et n’est pas éligible au PEA en direct : seul un compte-titres ordinaire permet d’en détenir des actions à titre individuel. Pour une exposition logée en PEA, il faut passer par un fonds à réplication synthétique comme l’Amundi PEA Nasdaq-100 UCITS ETF, qui loge des valeurs américaines dans l’enveloppe fiscale française. Un plan à horizon 2032 reste, par nature, une déclaration d’intention : rien ne garantit son exécution au rythme, ni au montant, annoncés par les sources de Bloomberg.
Sources :
- Microsoft AI Focused Data Center Plan to Add 26 Gigawatts of Compute
- Microsoft plans 38 gigawatts of data center capacity by 2032, Bloomberg News reports
- Microsoft Eyes Massive Data Center Push To Triple Computing Power
- Microsoft plans to more than triple data center capacity by 2032
Oracle rassure sur sa dette avec des résultats qui dépassent les attentes
Après des mois d’inquiétude sur son endettement et son cash-burn, Oracle a publié le 10 septembre des résultats trimestriels qui dépassent les attentes sur presque tous les indicateurs. Wall Street a immédiatement effacé une partie du scepticisme accumulé depuis la dégradation de sa note de crédit en juillet.
L’essentiel :
- Chiffre d’affaires total du 1er trimestre fiscal 2027 (juin-août) : 19,3 Md$, en hausse de 30% sur un an ; le cloud infrastructure (OCI) bondit de 121% à 7,4 Md$.
- Le carnet de commandes (RPO) atteint 664 Md$ après plus de 30 Md$ de nouveaux contrats IA signés dans le trimestre — au-dessus des 640 Md$ attendus par les analystes selon Reuters.
- Le cash brûlé est nettement moins élevé que redouté : flux de trésorerie libre négatif de 5,4 Md$ contre -9,56 Md$ attendu, pour un flux de trésorerie d’exploitation record de 23 Md$ sur le trimestre.
- La guidance pour l’exercice fiscal 2027 est relevée à au moins 90 Md$ de chiffre d’affaires et 8,10$ de bénéfice par action ajusté ; l’action a grimpé de 7 à 8% en après-Bourse.
Le chiffre qui recadre le débat : moins de cash brûlé qu’annoncé
Nous avions couvert début septembre les inquiétudes autour d’Oracle : une nouvelle vague de licenciements destinée à combler un trou de financement estimé à 20 Md$ dans le chantier de ses data centers IA, après un flux de trésorerie libre de -23,7 Md$ sur l’exercice 2026 complet et une dette totale proche de 129 Md$. Ce trimestre ne referme pas ce dossier — la dette reste élevée et S&P avait dégradé la note d’Oracle en juillet — mais il apporte un élément factuel nouveau : le cash-burn du trimestre est deux fois moins important que prévu par les analystes, et le carnet de commandes continue de grossir plus vite que redouté. De quoi tempérer, sans le clore, le débat entre les partisans d’un « super-cycle » de l’IA et ceux qui y voient une bulle de dépenses financées à crédit.
Angle investisseur européen
Oracle (ORCL) est cotée au NYSE et reste hors PEA : seul un compte-titres ordinaire, ou un ETF logeant des actions américaines comme l’Amundi PEA Nasdaq-100 UCITS ETF, permet d’y être exposé depuis une enveloppe fiscale française. Il faut noter que malgré ce rebond d’une séance, le titre restait avant cette publication en baisse de plus de 20% depuis le début de l’année 2026 : un trimestre rassurant ne tranche pas à lui seul le débat sur la soutenabilité de l’endettement du secteur.
Sources :
- Oracle (ORCL) Q1 earnings report 2027
- Oracle’s quarterly revenue beats estimates as AI boom drives cloud demand
- Oracle Q1 FY2027 earnings beat as cloud infrastructure revenue doubles
- Oracle Q1 FY2027 slides: cloud infrastructure surges 121%, guides $90B+
SpaceX signe un contrat IA de 13 Md$ par an… avec une porte de sortie à 6 mois
SpaceX a confirmé, lors d’une conférence Goldman Sachs le 10 septembre, un nouveau contrat d’hébergement de calcul IA à plus de 13 Md$ en rythme annualisé. Mais la structure du deal, taillée pour permettre à SpaceX de reprendre sa capacité à tout moment, nuance la promesse de revenus récurrents. Le même jour, l’entreprise se retrouve aussi devant la justice texane pour empêcher la publication de documents sur son usine Terafab.
L’essentiel :
- Le directeur financier Bret Johnsen annonce un nouveau contrat d’hébergement de calcul IA à environ 1,11 Md$ par mois à partir du 1er décembre, soit environ 13,3 Md$ en rythme annualisé — client non identifié.
- Le contrat reprend la même structure que les précédents accords compute de SpaceX (avec Google ou Anthropic) : engagement initial de 90 jours puis clause de sortie à 90 jours, soit environ 6 mois avant qu’une des deux parties puisse se retirer — ce n’est donc pas 13 Md$ garantis sur un an.
- Johnsen réaffirme l’objectif de 100 Md$ de revenus annualisés (ARR) d’ici la fin de l’année en incluant ce nouveau contrat.
- Starship doit effectuer dans les prochaines semaines son premier vol commercial facturé, avec des satellites Starlink de production à bord.
- Le 8 septembre, SpaceX a par ailleurs attaqué en justice le comté texan de Grimes et le procureur général du Texas pour bloquer la publication de documents fiscaux liés à Terafab, son usine de semi-conducteurs et de matériel IA en coentreprise avec Tesla (16,8 Md$ investis, exonération fiscale sur 35 ans).
Pourquoi la « clause à 6 mois » compte pour qui suit le titre
SpaceX construit depuis cet été un narratif de revenus IA qui dépasseraient bientôt ceux de Starlink et des lancements réunis, avec des contrats déjà signés avec Google (920 M$/mois) et Anthropic (1,25 Md$/mois). Ce nouveau deal s’ajoute à la liste et rapproche l’objectif de 100 Md$ d’ARR fixé par l’entreprise. Mais un ARR (« annual recurring revenue ») calculé en annualisant un seul mois de facturation n’a de sens que si le contrat dure réellement un an — or les clauses de sortie à 90 jours, révélées par Johnsen lui-même, permettent à SpaceX comme à son client de se retirer bien avant l’échéance. C’est une nuance factuelle, pas un jugement sur la solidité du modèle : elle explique simplement pourquoi ces chiffres méritent d’être lus comme des indicateurs d’activité plutôt que comme des revenus garantis sur douze mois.
Une bataille judiciaire qui tranche avec le récit de croissance
Le procès contre le comté de Grimes est un développement distinct de l’histoire Terafab déjà connue : SpaceX cherche cette fois à empêcher la publication de son dossier d’exonération fiscale, invoquant un préjudice concurrentiel. L’épisode illustre les frictions locales croissantes que rencontre l’entreprise à mesure qu’elle multiplie les implantations industrielles aux États-Unis (Terafab, la fonderie de turbines de Bastrop, le spatioport de Louisiane), déjà documentées dans nos précédentes éditions.
Angle investisseur européen
SpaceX (SPCX) est cotée au Nasdaq et reste hors PEA (compte-titres ordinaire uniquement) ; son poids croissant dans l’indice Nasdaq-100 lui donne toutefois une exposition indirecte via l’Amundi PEA Nasdaq-100 UCITS ETF, seul tracker de cet indice éligible au PEA.
Sources :
- SpaceX at Goldman Sachs Communacopia + Technology Conference 2026: compute push
- SpaceX signs $1 billion-a-month AI hosting deal
- SpaceX Locks $1.11 Billion-a-Month AI Hosting Deal Toward $100B ARR
- SpaceX sues to block release of Terafab records
- SpaceX sues Ken Paxton and Texas county to block public records release
Anthropic : une démission fracassante percute le sprint vers une IPO à 2 000 Md$
Alors qu’Anthropic vise un dépôt public de son prospectus dès la fin septembre pour une introduction en Bourse évoquée jusqu’à 2 000 Md$ de valorisation, un chercheur a démissionné en abandonnant ses actions non encore acquises pour alerter publiquement sur les risques existentiels de l’IA — relançant en pleine préparation boursière le débat sur la solidité du narratif de l’IA générative.
L’essentiel :
- Jacob Coxon, chercheur chez Anthropic, démissionne début septembre en renonçant à ses stock-options non encore acquises, affirmant que les équipes qui construisent l’IA « croient sincèrement » qu’elle pourrait mettre fin à l’humanité d’ici la fin de la décennie.
- Son message sur X a dépassé 115 millions de vues ; il précise ne « plus rien avoir à gagner à faire gonfler la valorisation d’Anthropic » puisqu’il est parti avant l’acquisition de ses actions.
- Elon Musk a publiquement raillé cette sortie, la qualifiant d’opération de communication (« psy-op ») ; Anthropic n’a pas commenté publiquement.
- En parallèle, plusieurs investisseurs cités par la presse financière évoquent désormais une valorisation d’introduction pouvant atteindre 2 000, voire 3 000 Md$ pour Anthropic, avec un dépôt de prospectus visé fin septembre et une cotation mi-octobre — ni l’un ni l’autre confirmés officiellement par l’entreprise.
- Ce niveau représenterait plus du double de la valorisation de 965 Md$ obtenue lors de son tour de table de mai, et dépasserait le record actuel de 1 770 Md$ fixé par SpaceX lors de son IPO de juin.
Un timing qui interroge, pas une preuve en soi
Ce départ n’est pas isolé : un autre membre de l’équipe sécurité d’Anthropic avait démissionné plus tôt dans l’année pour des raisons similaires. Mais son ampleur virale (115 millions de vues) et son timing, à quelques semaines d’une IPO qui doit justement convaincre le marché de la solidité et de la sécurité du modèle économique d’Anthropic, en font un cas à part. Il faut distinguer les faits (une démission, un renoncement financier réel, une audience massive) de l’interprétation qu’en fait Coxon lui-même (un risque existentiel qu’il présente comme un constat interne partagé, sans le documenter précisément) : Fortune note que son avertissement laisse justement de côté la question la plus difficile, celle de savoir quoi faire concrètement de ce risque. Le prospectus d’Anthropic évoquerait déjà, selon des informations antérieures, le rejet croissant de l’opinion publique américaine envers l’IA comme facteur de risque officiel.
Angle investisseur européen
Anthropic reste une société privée non cotée à ce jour. Si l’IPO a bien lieu au Nasdaq comme prévu, elle ne sera pas éligible au PEA en direct (action américaine, compte-titres ordinaire uniquement) ; une exposition via ETF ne serait envisageable qu’après son intégration éventuelle à un indice large, plusieurs mois après la cotation. Aucun élément de ce dossier ne permet à ce stade d’anticiper le prix d’introduction final.
Sources :
- Scoop: Anthropic whistleblower gave up his equity to leave the company
- The ex-Anthropic researcher’s warning that AI could kill us all is missing something important
- ‘Seems Like A Setup’: Ex-Anthropic Staffer’s Warnings Mocked By Musk
- Anthropic’s $2 trillion IPO could test the limits of AI mania
Michael Burry lève le pied sur ses paris baissiers, pendant que Palantir signe avec Nvidia à 55 fois ses ventes
L’investisseur connu pour avoir anticipé la crise des subprimes a discrètement clôturé ses options de vente sur Nvidia et Palantir arrivant à échéance en décembre, sans les reconduire. Le même jour, Palantir annonçait un partenariat avec Nvidia sur l’IA « souveraine » — accueilli par un léger recul du titre, les investisseurs s’interrogeant sur une valorisation qui ne tolère plus l’à-peu-près.
L’essentiel :
- Michael Burry (Scion Asset Management) a soldé en septembre l’ensemble de ses options de vente (« puts ») sur Nvidia et Palantir arrivant à échéance en décembre 2026, sans les reconduire sur une échéance plus lointaine.
- Il conserve en revanche des puts à échéance 2027 sur Palantir et sur l’ETF Invesco QQQ (qui réplique le Nasdaq-100) : il ne renonce donc pas totalement à sa thèse baissière sur la tech IA.
- Burry évoque vouloir conserver des liquidités pour « un automne qui s’annonce intéressant », plutôt qu’un revirement de conviction affiché ; il a aussi réduit la taille de plusieurs de ses positions longues (Lululemon, Molina Healthcare, MercadoLibre).
- Le même 10 septembre, Nvidia et Palantir annoncent un partenariat pour déployer une pile d’IA « souveraine » dans les chaînes d’approvisionnement (agriculture, industrie, pharmacie, secteur public), combinant les modèles Nemotron de Nvidia à la plateforme Foundry/AIP de Palantir.
- Malgré cette annonce, l’action Palantir a reculé d’environ 0,8% ce jour-là : rapportée au chiffre d’affaires annualisé du 2e trimestre (environ 7,76 Md$), sa capitalisation d’environ 430 Md$ représente près de 55 fois les ventes.
Deux signaux qui ne racontent pas la même histoire
Clôturer des options qui arrivent à échéance dans les prochains mois n’équivaut pas à un retournement de conviction : c’est aussi une gestion classique de la décroissance de valeur temps (theta) sur des contrats qui perdent leur intérêt s’ils ne sont pas reconduits à temps. Le fait que Burry garde des puts 2027 sur Palantir et sur le Nasdaq-100, tout en réduisant ses positions longues, dessine plutôt une posture de prudence généralisée qu’un pari haussier sur l’IA. À l’inverse, l’accueil tiède réservé au partenariat Nvidia-Palantir montre qu’une bonne nouvelle commerciale ne suffit plus à faire monter un titre lorsque sa valorisation (55 fois les ventes) laisse, selon les termes mêmes de l’analyse consultée, « peu de place à une exécution simplement correcte ».
Angle investisseur européen
Nvidia et Palantir sont cotées au Nasdaq et restent hors PEA en direct (compte-titres ordinaire), sauf exposition indirecte via l’Amundi PEA Nasdaq-100 UCITS ETF, qui loge les deux valeurs dans une enveloppe fiscale française. Cet épisode illustre surtout la difficulté à lire un signal univoque dans le débat sur la valorisation de l’IA : un investisseur emblématique réduit sa couverture baissière au même moment qu’un partenariat technologique majeur fait douter le marché sur le prix payé pour l’exécuter.
Sources :
- Michael Burry pulls back on risk, sheds December 2026 Nvidia and Palantir puts amid portfolio-wide cuts
- Michael Burry Sells All NVDA, PLTR December 2026-Dated Puts
- Palantir Slides as Nvidia Deal Meets a 55-Times Sales Price
- NVIDIA and Palantir Bring Sovereign Intelligence to Critical Supply Chains
Édition préparée par notre agent de veille (données et sources au vendredi 11 septembre 2026), relue selon notre politique éditoriale. Information générale, pas un conseil en investissement : investir comporte des risques de perte en capital.
⚠️ Ceci n’est pas un conseil financier. Investir comporte des risques de perte en capital.


