Trading & Bourse · 11 min de lecture · Par Mathieu Dugue
Marchés IA : IPO Unitree en ruée, flottant SpaceX explose, AMD contre-attaque
L’IPO du robot humanoïde chinois Unitree affole les carnets d’ordres à Shanghai, pendant que SpaceX digère un déverrouillage géant d’actions sans dévisser. Côté puces, AMD sort le chéquier face à Nvidia, tandis que la contestation locale commence à peser sur la facture des data centers IA aux Etats-Unis.

L’IPO du robot humanoïde chinois Unitree affole les carnets d’ordres à Shanghai, pendant que SpaceX digère un déverrouillage géant d’actions sans dévisser. Côté puces, AMD sort le chéquier face à Nvidia, tandis que la contestation locale commence à peser sur la facture des data centers IA aux Etats-Unis.
Unitree : la ruée sur l’IPO confirme la fièvre des robots humanoïdes chinois
Le fabricant chinois de robots humanoïdes a fixé le prix de son entrée en Bourse à Shanghai, avec une demande institutionnelle hors norme. DeepSeek rejoint discrètement son capital juste avant la cotation.
L’essentiel :
- Prix fixé à 150,80 yuans (~22,3$) par action, pour une levée visée de 6,1 milliards de yuans (~904 millions de dollars) et une valorisation post-IPO d’environ 61 milliards de yuans (~9 milliards de dollars selon CNBC)
- Souscription ouverte le 10 août, paiement au 12 août, cotation attendue vers le 19 août sur le STAR Market de Shanghai
- Carnet d’ordres institutionnels sursouscrit plus de 2 700 fois lors de la période d’enquête préliminaire
- DeepSeek entre au capital comme investisseur stratégique (933 400 actions, 141 millions de yuans), aux côtés de Tencent, PetroChina et China Southern Power Grid
Une demande qui dépasse largement l’appétit habituel
Un ratio de sursouscription de 2 700 fois signifie que les investisseurs institutionnels ont proposé d’acheter 2 700 fois plus d’actions que ce qui était initialement offert à ce stade de la procédure. C’est un niveau rarement vu, même sur une place chinoise habituée aux introductions surchauffées. Unitree ne lève que 10% de son capital enlargé (environ 40,44 millions d’actions), ce qui mécaniquement réduit le flottant disponible et amplifie la demande relative. Le calendrier est serré : approbation réglementaire obtenue le 1er juin, prix fixé le 6 août, souscription le 10, cotation espérée autour du 19 août. Si elle se confirme, Unitree deviendra la première entreprise pure-play de robots humanoïdes et quadrupèdes cotée sur une grande Bourse mondiale, devançant Figure AI (encore privée, valorisée 39 milliards de dollars) et Boston Dynamics (filiale de SoftBank, non cotée séparément).
La présence de DeepSeek au tour de table stratégique est le fait le plus notable de cette étape : le laboratoire chinois d’IA, à l’origine du choc boursier de janvier 2025, prend une participation certes modeste (141 millions de yuans, soit environ 20 millions de dollars) mais symbolique, à un moment où Pékin pousse ses champions technologiques à se soutenir mutuellement. Tencent, le géant pétrolier PetroChina et l’opérateur électrique China Southern Power Grid complètent une liste de neuf investisseurs stratégiques qui représentent 20% de l’offre totale.
Une IPO fermée aux investisseurs européens en PEA
Comme toute action cotée sur le STAR Market de Shanghai (marché en yuans, réservé pour l’essentiel aux investisseurs chinois et à quelques quotas d’investisseurs institutionnels étrangers qualifiés), Unitree reste inaccessible via un PEA et même difficile à loger en compte-titres ordinaire pour un particulier européen. L’exposition indirecte la plus simple passe par des ETF UCITS thématiques sur la robotique, comme KOID, qui suivent un panier de valeurs du secteur sans miser sur un seul titre. Reste que la croissance du chiffre d’affaires d’Unitree ralentit sensiblement (+35 à 45% au premier semestre 2026 contre +332% un an plus tôt) et que le bénéfice net ajusté attendu est en repli, la R&D absorbant une part croissante des ressources — un rappel que la demande de papier ne dit rien, à elle seule, de la trajectoire industrielle réelle de l’entreprise.
Sources :
- Unitree Robotics prices Shanghai IPO at 150.80 yuan per share; DeepSeek becomes a strategic placement investor
- Chinese humanoid robot maker Unitree prices IPO at $9 billion valuation
- Unitree Robotics Prices Shanghai IPO at 61 Billion Yuan Valuation
- Strong investor demand as Unitree branches out in IPO
- The Week Ahead (Aug. 10-16): Unitree Opens STAR Market IPO Subscription
SpaceX : le grand déverrouillage d’actions ne fait pas plonger le cours
Près d’un milliard de titres SpaceX sont devenus négociables le 6 août. Contrairement à la crainte habituelle d’un afflux d’offre qui fait baisser les prix, l’action a repris de la vigueur dans la foulée.
L’essentiel :
- 911,5 millions d’actions déverrouillées le 6 août, soit environ 143% du flottant initial de l’IPO (~639 millions d’actions) ; le flottant potentiellement négociable grimpe ainsi à ~1,55 milliard de titres
- La part du capital réellement disponible au marché passe d’environ 4,9% à 11,8%
- L’action clôture le 6 août en hausse de 6,1% malgré l’afflux d’offre, puis grimpe à 133,11$ le 9 août (+15,8% sur la séance)
- Le titre reste néanmoins environ 34% sous son plus haut de juin et sous son prix d’IPO de 135$ ; les objectifs de cours des analystes varient de 62$ à 800$, avec une moyenne autour de 227-230$
Pourquoi plus d’offre n’a pas fait baisser le prix
SpaceX était entrée en Bourse en juin avec un flottant volontairement très réduit (moins de 5% du capital), un choix qui avait mécaniquement gonflé la valorisation initiale mais laissait planer la menace d’un choc à la première levée de blocage. Ce choc a bien eu lieu le 6 août, mais dans le sens inverse de ce que redoutaient certains investisseurs : le cours a progressé plutôt que chuté. Plusieurs explications se combinent selon les analystes consultés : une partie significative des actionnaires historiques (fondateurs, cadres, fonds de capital-risque de longue date) a choisi de ne pas vendre immédiatement, pariant sur une remontée après la publication des résultats du deuxième trimestre début août ; le titre s’était aussi fortement dégradé les semaines précédentes (jusqu’à -43% depuis son pic de juin), ce qui a pu attirer des acheteurs à la recherche d’un point d’entrée plus bas. Le short interest élevé (environ 34% du flottant fin juillet, pour 24,6 milliards de dollars de positions vendeuses selon S3 Partners) a aussi pu jouer un rôle d’accélérateur à la hausse, des vendeurs à découvert rachetant leurs positions face au rebond.
Le compte à rebours des prochains déblocages
Ce premier déblocage n’est qu’une étape : selon le calendrier communiqué aux investisseurs, jusqu’à 40% du capital pourrait devenir négociable d’ici le 8 décembre, tandis que les 60% restants — dont la participation d’Elon Musk — resteront bloqués jusqu’à mi-2027. Chaque nouvelle étape reproduira le même test grandeur nature : l’offre de titres augmente, mais est-ce que la demande suit ? Pour un investisseur européen, SpaceX reste une action Nasdaq inéligible au PEA, logeable uniquement en compte-titres ordinaire ou via un ETF actions américaines/tech au format UCITS, avec un poids généralement marginal sur une seule ligne.
Sources :
- Nearly 1 Billion SpaceX Shares Unlock On Thursday
- SpaceX (NASDAQ:SPCX) Recovers Pre-Earnings Levels Following 143% Increase in Share Float
- SpaceX Lockup Countdown: When Shares May Become Safer to Buy
- Brokerages Set SpaceX (NASDAQ:SPCX) Target Price at $229.71
- SpaceX lockup expires today, with stock bucking higher
AMD muscle son offensive anti-Nvidia avec le rachat de Taalas
AMD rachète une startup torontoise spécialisée dans les puces d’inférence, quelques jours seulement après avoir vu SpaceX confirmer son basculement exclusif vers les puces Nvidia. Une manière de rappeler qu’il reste des fronts sur lesquels AMD avance.
L’essentiel :
- AMD annonce le 6 août le rachat de Taalas, startup fondée en 2023 qui grave les poids d’un modèle d’IA directement dans le silicium plutôt que de s’appuyer sur de la mémoire HBM classique
- Montant de la transaction non dévoilé ; Taalas avait levé 219 millions de dollars en capital-risque ; clôture de l’opération visée au quatrième trimestre 2026
- Troisième acquisition IA d’AMD en deux ans, après Silo AI (665 millions de dollars, 2024) et ZT Systems (4,9 milliards de dollars)
- Objectif affiché : intégrer les puces Taalas aux racks Helios, aux côtés des accélérateurs Instinct, pour couvrir un marché de l’inférence qu’AMD dit croître de plus de 80% par an
Pourquoi l’inférence devient le nouveau champ de bataille
Entraîner un modèle d’IA et le faire tourner ensuite pour des millions d’utilisateurs (l’« inférence ») sont deux métiers différents, avec des besoins en puces différents. Nvidia domine largement le premier segment et une bonne partie du second grâce à ses GPU polyvalents, mais l’inférence à très grande échelle valorise de plus en plus des puces spécialisées, moins chères à faire tourner. C’est le pari de Taalas : graver un modèle figé directement dans le circuit plutôt que de le charger à chaque requête depuis de la mémoire HBM, un composant devenu à la fois rare et coûteux (voir les tensions sur les prix mémoire déjà observées chez Micron et SK Hynix). La logique rappelle celle du rachat de Groq par Nvidia lui-même fin 2025 pour environ 20 milliards de dollars : les deux camps cherchent à sécuriser une architecture alternative pour l’inférence, plutôt que de tout miser sur le GPU généraliste. La PDG Lisa Su a résumé la philosophie du groupe : « il n’y a pas de solution universelle » en matière de puces, tout en réaffirmant que les GPU resteront majoritaires sur le marché de l’IA grâce à leur flexibilité.
AMD reste sous pression malgré l’agitation
Le marché a accueilli l’opération plutôt favorablement, avec un regain d’optimisme chez les investisseurs particuliers, mais sans emballement démesuré : l’action AMD reste en repli d’environ 6% sur les 30 dernières séances de Bourse, malgré des résultats trimestriels solides début août. Les objectifs de cours des analystes restent très dispersés (de 465$ chez Morgan Stanley à 700$ chez d’autres maisons), signe que le marché n’a pas encore tranché si ces acquisitions suffiront à combler l’écart avec Nvidia. Pour un investisseur européen, AMD (Nasdaq) reste hors PEA, accessible en compte-titres ou via un ETF actions technologiques américaines au format UCITS.
Sources :
- AMD buys Taalas, startup that hardwires AI models into its silicon
- AMD Acquires Chip Startup Taalas; Can It Challenge Nvidia’s AI Dominance?
- AMD Buys Toronto AI Chip Startup Taalas — Retail Says It’s A Move To ‘Compete More Directly With Nvidia’
- Advanced Micro Devices (AMD) Stock Climbs After Taalas Acquisition Announcement
Data centers IA : la contestation locale bloque déjà 130 milliards de dollars de projets
Aux Etats-Unis, l’opposition citoyenne aux data centers géants n’est plus un phénomène marginal : elle bloque ou retarde des dizaines de projets, avec un soutien politique qui traverse les deux camps.
L’essentiel :
- 75 projets de data centers ont été bloqués ou retardés au premier trimestre 2026 aux Etats-Unis, pour un montant cumulé d’environ 130 milliards de dollars, selon l’étude Data Center Watch publiée mi-juin
- L’opposition est bipartisane : environ 55% des élus l’ayant exprimée publiquement sont républicains ; plus de 300 projets de loi sur le sujet ont été déposés dans les Etats américains lors des six premières semaines de 2026
- L’Etat de New York a décrété une pause d’un an sur la construction de nouveaux grands data centers ; le Maine est passé à une voix près d’un moratoire total à l’Assemblée
- Un sondage Gallup de mai 2026 montre que 71% des Américains s’opposent à un data center près de chez eux, dont 48% « fortement »
Ce que ça change pour la thèse d’investissement
Le débat sur la « bulle IA » s’est jusqu’ici concentré sur le crédit et la rentabilité des géants du cloud (voir les tensions déjà observées chez Oracle ou CoreWeave). Ce nouveau front, local et politique, ajoute un risque d’un autre ordre : celui du calendrier. Un projet bloqué ou retardé de plusieurs mois ne disparaît pas forcément, mais il décale les revenus attendus et complique la planification des besoins en électricité, un sujet déjà tendu. Goldman Sachs estime que la demande électrique des data centers américains pourrait passer de 6% à 11% de la consommation totale du pays d’ici 2030, avec environ 60% de cette nouvelle demande venant des Etats-Unis. Chaque contestation locale gagnée par des riverains (sur la facture d’électricité, l’usage de l’eau ou le bruit) vient rogner un peu de cette trajectoire de croissance, sans qu’on puisse encore dire de combien.
Un risque encore diffus, mais à surveiller
Ce n’est pas (encore) le facteur qui détermine le cours d’une action Microsoft, Meta ou Oracle au jour le jour, loin derrière les résultats trimestriels ou les annonces de capex. Mais la dynamique est nouvelle : l’opposition a plus que doublé depuis la fin 2025, elle est désormais active dans 49 des 50 Etats, et elle commence à s’inviter dans la campagne des élections de mi-mandat de novembre 2026, ce qui augmente la probabilité de nouvelles restrictions réglementaires locales dans les prochains mois. Pour un investisseur européen exposé au thème de l’infrastructure IA via des ETF UCITS américains ou technologiques, il s’agit moins d’un signal d’alerte immédiat que d’un facteur à ajouter à la liste des risques structurels du secteur, aux côtés du financement par la dette déjà identifié ces dernières semaines.
Sources :
- AI Data Center Resistance Sweeps The US As $130 Billion Worth Of Projects Get Blocked Or Delayed In Just 3 Months
- Data center opponents have blocked or delayed projects worth nearly $130 billion in 2026, study finds
- $130 Billion in AI Data Centers Have Been Blocked or Delayed in 2026
- Data center backlash signals a fight over AI power
Édition préparée par notre agent de veille (données et sources au lundi 10 août 2026), relue selon notre politique éditoriale. Information générale, pas un conseil en investissement : investir comporte des risques de perte en capital.
⚠️ Ceci n’est pas un conseil financier. Investir comporte des risques de perte en capital.


