Trading & Bourse · 11 min de lecture · Par Mathieu Dugue
Marchés IA : SpaceX efface un Tesla, la Chine frappe les puces, Nvidia banquier de l’IA
SpaceX a rayé plus de 1 200 milliards de dollars de capitalisation en un mois, sous la double pression d’un lock-up imminent et d’une attaque satellite d’Amazon, pendant que la Chine frappe simultanément la mémoire et la lithographie occidentales. Nvidia continue de se transformer en banquier géant de l’IA — au point que Wall Street invente déjà de nouveaux paris pour suivre le mouvement.
SpaceX a rayé plus de 1 200 milliards de dollars de capitalisation en un mois, sous la double pression d’un lock-up imminent et d’une attaque satellite d’Amazon, pendant que la Chine frappe simultanément la mémoire et la lithographie occidentales. Nvidia continue de se transformer en banquier géant de l’IA — au point que Wall Street invente déjà de nouveaux paris pour suivre le mouvement.
SpaceX efface l’équivalent d’un Tesla en bourse, Amazon attaque avec 5 105 satellites
Depuis son pic de mi-juin, SpaceX a vu partir en fumée plus de 1 200 milliards de dollars de capitalisation, soit à peu près le poids boursier total de Tesla. Deux échéances resserrées début août pourraient encore secouer le titre, pendant qu’Amazon lance une offensive frontale contre Starlink.
L’essentiel :
- SPCX est tombé à 108,66$ en séance lundi 27 juillet, un nouveau plus bas historique, avant de remonter pour clôturer à 113,50$ — 13e séance de repli sur les 16 dernières.
- Le titre a perdu près de 50% depuis son record intraday de 225,64$ du 16 juin, trois jours après la clôture de l’IPO du 12 juin.
- Deux échéances à surveiller : les premiers résultats trimestriels en tant que société cotée le 4 août, puis l’expiration du lock-up le 6 août, qui pourrait libérer environ 911,5 millions d’actions (~116 milliards de dollars) — près de quatre fois le nombre d’actions actuellement échangeables.
- Le 27 juillet, Amazon a demandé à la FCC l’autorisation de lancer 5 105 satellites pour connecter directement les smartphones, en associant Kuiper aux actifs de Globalstar (racheté ~11,6 milliards de dollars).
Le compte à rebours avant le lock-up
Le calendrier est serré : quatre jours seulement séparent la publication du premier rapport trimestriel de SpaceX en tant que société cotée (4 août) de l’ouverture du lock-up (6 août). Ce verrou protégeait jusqu’ici les actionnaires historiques et salariés ; sa levée pourrait multiplier par quatre le nombre d’actions réellement échangeables, un choc d’offre redouté par les investisseurs depuis l’IPO. Les parts de Musk et d’un cercle restreint d’initiés resteront, elles, bloquées jusqu’à mi-2027. Sur le plan financier, SpaceX a déclaré un chiffre d’affaires 2025 inférieur à 19 milliards de dollars et chercherait à lever au moins 20 milliards via sa première émission obligataire « investment grade », signe que les besoins de financement du groupe restent considérables.
Amazon dégaine sa contre-attaque satellite
Starlink domine largement l’orbite basse avec plus de 10 000 satellites en service et un partenariat direct-to-cell déjà opérationnel avec T-Mobile. Amazon, qui n’aligne encore qu’environ 390 satellites Kuiper, vient de changer de braquet : sa demande FCC du 27 juillet vise un réseau combiné Kuiper-Globalstar capable de connecter directement téléphones et objets connectés, pour un déploiement prévu à partir de 2028. La cible affichée — zones mal desservies, secours d’urgence, flottes logistiques — recoupe exactement le marché que Starlink commence à occuper. Pour un investisseur européen, ni SpaceX ni Amazon ne sont éligibles au PEA en direct (cotations américaines) ; l’exposition ne peut passer que par des ETF actions monde ou tech éligibles UCITS, où Amazon pèse déjà lourd et où SpaceX reste, pour l’instant, absente.
Sources :
- SpaceX has now lost the equivalent of a full Tesla in market capitalization
- SpaceX shares hit record low as lock-up concerns weigh
- SpaceX lock-up expiry could release $116 billion worth of shares
- SpaceX snaps 7-day losing streak, sets earnings date that triggers first big share unlock
- Amazon seeks federal approval to launch 5,105 satellites for direct-to-device network
- Amazon Files FCC Application for 5,105-Satellite Constellation to Enable Direct-to-Device Mobile Services
La Chine frappe la mémoire et la lithographie le même jour
Deux offensives chinoises distinctes ont fait plonger les géants occidentaux et coréens des semi-conducteurs lundi 27 juillet : l’entrée en bourse fracassante du fabricant de mémoire CXMT, et la première production chinoise de machines de lithographie DUV.
L’essentiel :
- CXMT (ChangXin Memory Technologies) a bondi de 466% lors de ses débuts sur le STAR Market de Shanghai le 27 juillet, après avoir levé jusqu’à 9,8 milliards de dollars ; sa valorisation de clôture (~488 milliards de dollars) en fait la plus grosse capitalisation cotée en Chine.
- Dans la foulée, SanDisk a chuté d’environ 12%, Micron d’environ 5% et les ADR de SK Hynix jusqu’à 8%.
- Le même jour, ASML a perdu plus de 8% (près de 44 milliards de dollars de capitalisation envolés) après des informations selon lesquelles un consortium chinois (Huawei, SiCarrier, Shanghai Yuliangsheng) a débuté la production de masse de machines de lithographie DUV, avec des livraisons prévues à SMIC dès 2026.
- Applied Materials, Lam Research et KLA ont reculé par sympathie (environ -5%, -7% et -5%).
CXMT, du fournisseur de second rang au poids lourd mondial
Avec un chiffre d’affaires trimestriel multiplié par plus de 8 sur un an (50,8 milliards de yuans, ~7,5 milliards de dollars au premier trimestre 2026, porté par la demande de mémoire pour l’IA), CXMT reste le 4e fabricant mondial de DRAM avec 8% de part de marché, loin derrière Samsung (36%), SK Hynix (29%) et Micron (24%) — mais l’écart se resserre vite. Apple testerait déjà ses puces DRAM pour des appareils vendus en Chine, selon le Financial Times, ce qui inquiète Washington : CXMT figure sur la liste américaine « 1260H » des entreprises soupçonnées de liens avec l’armée chinoise. Cette montée en puissance prolonge le sujet des contrats mémoire à 950 milliards de dollars signés fin juillet par SK Hynix et Samsung (voir notre édition du 27 juillet) : la nouveauté du jour n’est plus la demande, mais l’arrivée d’un concurrent chinois consolidé et déjà rentable.
ASML : la lithographie DUV n’est pas l’EUV, mais le marché s’inquiète
Les nouvelles machines chinoises sont des systèmes DUV à immersion — une génération de technologie en retrait par rapport à la lithographie EUV, où ASML conserve un monopole de fait indispensable à la gravure des puces les plus avancées (sous 3 nanomètres), notamment via le High-NA déjà évoqué dans nos éditions précédentes. Les machines chinoises restent réputées années derrière en rendement et fiabilité. Mais le simple fait qu’une chaîne domestique existe désormais pour équiper des fondeurs comme SMIC change la perception du risque à long terme. Pour un investisseur européen, ASML reste une rare exposition pure et directement éligible au PEA (cotation Amsterdam) ; CXMT, Micron et SK Hynix ne le sont pas, et ne sont accessibles qu’via des ETF semi-conducteurs ou tech monde éligibles UCITS.
Sources :
- Chipmaker CXMT’s 466% market debut surge makes it the most valuable China-listed company
- SanDisk Sinks 12%, Micron Drops 5%, SK Hynix Falls 8% as China’s CXMT IPO Rattles Memory Stocks
- ASML Shares Drop After Report of China Producing DUV Chipmaking Tools
- ASML Stock Falls on Reports of Chinese DUV Competition
- Apple begins testing CXMT chips for devices sold in China, FT says
Nvidia, banquier de l’IA : jusqu’à 600 milliards de dollars de garanties et de baux en jeu
Nvidia ne se contente plus de vendre des puces : l’entreprise négocie désormais elle-même une bonne partie du financement des data centers qui les feront tourner. Deux dossiers distincts, révélés cette semaine, donnent une idée de l’ampleur.
L’essentiel :
- Nvidia discuterait d’une garantie financière d’environ 250 milliards de dollars pour permettre à OpenAI de louer un campus de data centers de 10 GW dans l’Ohio, développé par SB Energy (filiale de SoftBank) — un projet total qui pourrait dépasser 500 milliards de dollars, le plus important jamais annoncé.
- Séparément, Nvidia négocierait aussi le financement des achats de puces d’OpenAI pour ce site, jusqu’à 350 milliards de dollars supplémentaires.
- Selon le Financial Times, Nvidia a par ailleurs signé, indépendamment du dossier OpenAI, des baux allant jusqu’à 50 milliards de dollars sur un data center construit par Hut 8 au Texas.
- Bloomberg chiffre désormais à environ 750 milliards de dollars l’ensemble des engagements financiers récents de Nvidia envers ses clients et partenaires — un total à ne pas confondre avec les 750 milliards de dollars que vise OpenAI en dépenses d’infrastructure d’ici 2030 (voir notre édition du 23 juillet).
Un site chargé d’histoire pour un projet sans précédent
Le campus visé par OpenAI et SB Energy occuperait environ 640 des 3 700 acres fédéraux de l’ancienne usine d’enrichissement d’uranium de Piketon, dans l’Ohio, fermée en 2001. Une première phase de 800 mégawatts est ciblée pour 2028. La raison d’être de la garantie Nvidia : OpenAI, toujours déficitaire, ne dispose pas seule d’une notation de crédit « investment grade » suffisante pour porter un tel engagement — Nvidia sert donc de caution. Les négociations restent à un stade précoce et pourraient échouer ou évoluer, comme nous l’indiquions déjà dans notre édition du 27 juillet.
Le retour du débat sur le « financement circulaire »
Sur CNBC, l’animateur Jim Cramer a comparé cette mécanique aux équipementiers télécoms qui finançaient eux-mêmes les achats de leurs clients à la fin des années 1990, juste avant l’éclatement de la bulle internet : Nvidia garantit indirectement la dette qui permettra à OpenAI d’acheter davantage de puces Nvidia. L’entreprise a déjà investi 30 milliards de dollars dans OpenAI en mars et 10 milliards dans Anthropic. La réaction de marché reste pour l’instant mesurée sur le titre Nvidia lui-même. Pour un investisseur européen, aucune des structures concernées (SB Energy, Hut 8, OpenAI) n’est directement accessible en PEA ; l’exposition à ce dossier passe presque exclusivement par Nvidia, via des ETF tech ou monde éligibles UCITS.
Sources :
- Nvidia in Talks to Back OpenAI Lease of $500 Billion Data Center
- Nvidia And OpenAI Discussing $500 Billion Data Center—Here’s What We Know
- Nvidia in talks to back OpenAI lease of $500 billion Ohio data center
- Nvidia behind $50 billion lease on Texas data center, FT reports
- Jim Cramer warns AI’s circular financing frenzy echoes the dot-com bubble
- Nvidia’s $750 Billion in Deals Reignite Circular AI Fears
Wall Street invente de nouveaux paris sur SpaceX et Nvidia, hors de portée des Européens
Face à l’appétit spéculatif pour les valeurs stars de l’IA, deux opérateurs boursiers américains lancent de nouveaux instruments pour parier sur SpaceX et Nvidia sans jamais détenir une action.
L’essentiel :
- Le CME Group a lancé lundi 27 juillet des contrats à terme sur actions individuelles (« single-stock futures ») portant sur plus de 50 grandes entreprises américaines, dont Nvidia et SpaceX.
- Ces contrats sont réglés en espèces sur le cours de clôture, avec des tailles standard (100 actions) ou « micro » (10 actions), et offrent un effet de levier sans la complexité des options.
- Cboe, de son côté, a déposé début juillet auprès de la SEC une demande pour des options binaires (« tout ou rien ») indexées non pas sur le cours, mais sur plus de 100 indicateurs opérationnels de 23 grandes entreprises — dont le chiffre d’affaires des data centers de Nvidia ou le chiffre d’affaires de SpaceX.
- Ces lancements interviennent alors que SpaceX, cotée depuis le 12 juin, concentre déjà une bonne partie des volumes spéculatifs de Wall Street.
Un pari sans détenir l’action
Contrairement aux options, les contrats à terme du CME ne perdent pas de valeur avec le temps qui passe et ne sont pas affectés par les variations de volatilité implicite — un produit pensé pour les traders actifs qui veulent parier, à la hausse comme à la baisse, sur des valeurs comme Nvidia ou SpaceX avec une mise de départ réduite. Le projet de Cboe va plus loin : il s’agirait de parier directement sur un indicateur d’activité (par exemple le chiffre d’affaires data center de Nvidia), sans même passer par le cours de l’action. Le dossier reste soumis à l’approbation de la SEC.
Des outils américains, pas des produits PEA
Ces contrats à terme et options binaires sont des produits dérivés régulés aux États-Unis, généralement non commercialisés auprès des particuliers européens : la réglementation MiFID II/PRIIPs impose un document d’information clé (KID) pour tout produit dérivé complexe, ce qui exclut de fait la plupart des courtiers grand public en Europe. Pour un investisseur européen qui suit ces deux dossiers, l’écart est net : Nvidia reste accessible indirectement via des ETF actions tech ou monde éligibles UCITS et logeables en PEA, tandis que SpaceX demeure, quel que soit le produit envisagé, hors d’atteinte d’un compte PEA.
Sources :
- Single-Stock Futures Debut Lets Investors Trade Big US Stocks Without Shares
- CME Group Launches a New Way to Trade SpaceX and Nvidia
- Cboe Seeks to List Prediction Market Type Options on Earnings Metrics
- NVIDIA and Tesla earnings can both be bet on—U.S. largest options exchange seeks to launch earnings report contracts
Édition préparée par notre agent de veille (données et sources au mardi 28 juillet 2026), relue selon notre politique éditoriale. Information générale, pas un conseil en investissement : investir comporte des risques de perte en capital.
⚠️ Ceci n’est pas un conseil financier. Investir comporte des risques de perte en capital.