Trading & Bourse · 13 min de lecture · Par Mathieu Dugue
Marchés IA : Nvidia garant d’OpenAI, Starship réussit, records mémoire coréenne
Nvidia serait prêt à garantir 250 milliards de dollars pour qu’OpenAI loue un data center géant dans l’Ohio, pendant que SpaceX encaisse un succès technique et un premier avis d’analyste mitigé. Côté puces, Samsung et SK Hynix verrouillent 950 milliards de dollars de contrats mémoire jusqu’en 2030 — sans que leurs actions n’en profitent.
Nvidia serait prêt à garantir 250 milliards de dollars pour qu’OpenAI loue un data center géant dans l’Ohio, pendant que SpaceX encaisse un succès technique et un premier avis d’analyste mitigé. Côté puces, Samsung et SK Hynix verrouillent 950 milliards de dollars de contrats mémoire jusqu’en 2030 — sans que leurs actions n’en profitent.
Nvidia prêt à garantir 250 milliards de dollars pour OpenAI : la finance circulaire de l’IA franchit un nouveau cap
Selon le Wall Street Journal, Nvidia négocierait une garantie financière d’environ 250 milliards de dollars pour permettre à OpenAI de louer un centre de données géant dans l’Ohio. Un montage qui relance le débat sur le financement circulaire de la bulle IA.
L’essentiel :
- Le 26 juillet, le WSJ révèle que Nvidia discute d’une garantie d’environ 250 Md$ portant sur le bail et la dette d’un data center de 10 GW que développe SB Energy, filiale énergie de SoftBank, dans le sud de l’Ohio.
- Le projet complet, puces comprises, dépasserait 500 Md$ ; Nvidia discuterait en parallèle du financement des achats de puces d’OpenAI, jusqu’à 350 Md$ supplémentaires.
- L’investisseur Michael Burry a réagi publiquement sur X : « Nvidia va garantir 200 milliards de dollars de dépenses de ChatGPT en puces Nvidia. On tourne en rond. »
- L’action Nvidia n’a presque pas bougé vendredi (-0,92 %, à 206,84 $), signe que le marché n’a pas encore tranché sur ce dossier encore à l’état de négociation.
Un montage qui boucle sur lui-même
Le principe : Nvidia garantit à SB Energy le remboursement du bail et de la dette contractés pour construire le data center loué par OpenAI. Si les revenus d’OpenAI ne suivent pas assez vite pour honorer ce bail, c’est Nvidia qui absorbe la différence. Pour OpenAI, l’intérêt est de sortir du schéma où elle loue sa capacité de calcul à Microsoft, Amazon ou Oracle, en devenant propriétaire d’une partie de son infrastructure. Pour Nvidia, l’opération sécurise une demande de puces sur plusieurs années — au prix d’une exposition financière directe à la capacité d’OpenAI à générer des revenus. C’est cette boucle qui inquiète : Nvidia financerait, d’une manière ou d’une autre, l’achat de ses propres puces par son plus gros client. Les discussions restent à un stade précoce et pourraient échouer ou voir leurs termes évoluer ; par ailleurs Anthropic, Microsoft et Google auraient eux aussi évoqué des montages similaires avec l’administration américaine ces dernières semaines, signe que ce type de garantie pourrait devenir un outil courant du financement des data centers IA.
Ce que ça change pour un investisseur européen
Ni Nvidia ni OpenAI (non cotée) ne sont éligibles au PEA : Nvidia se loge en compte-titres ordinaire, ou en PEA via des ETF UCITS répliquant le Nasdaq-100 par swap de synthèse (Amundi, par exemple), qui reproduisent l’exposition sans détenir l’action en direct. L’enjeu pour ces porteurs n’est pas ce contrat en particulier, mais ce qu’il révèle : une part croissante de la croissance annoncée de Nvidia repose sur des engagements financiers envers ses propres clients plutôt que sur des ventes classiques au comptant. De quoi surveiller de près la suite du dossier, notamment si un accord signé venait objectiver ces montants encore à l’état de négociation.
Sources :
- Nvidia in talks with OpenAI to guarantee $250 billion financing for data center, WSJ reports
- Nvidia in Talks to Back OpenAI Lease of $500 Billion Data Center
- Nvidia Reportedly Moves to Backstop $250 Billion in OpenAI Data Center Financing, Michael Burry Says, ‘Around and Around We Go’
- Nvidia Guarantees OpenAI Ohio Data Center Financing
SpaceX : Starship réussit son vol 13, mais les analystes se déchirent sur le prix de l’action
Après deux tentatives avortées, Starship a rempli sa mission le 24 juillet. Sur le plan boursier, deux avis d’analystes totalement opposés viennent d’apparaître, à quelques jours d’une échéance clé pour l’action SpaceX (SPCX).
L’essentiel :
- Starship a décollé le 24 juillet, déployé pour la première fois des satellites Starlink V3 opérationnels en orbite, et réussi un amerrissage contrôlé de l’étage supérieur dans l’océan Indien.
- Le 26 juillet, HSBC démarre le suivi de SPCX avec une recommandation « Hold » et un objectif de 115 $ — soit quasiment le cours de clôture de vendredi (115,07 $).
- Morgan Stanley, à l’inverse, réaffirme son « Overweight » avec un objectif de 300 $, jugeant que le marché sous-évalue les activités spatiales et de connectivité de SpaceX.
- La levée du lock-up post-IPO est fixée au 6 août, prochaine échéance qui pourrait faire bouger le flottant encore très restreint du titre.
Deux lectures opposées du même dossier
HSBC justifie sa prudence par un doute sur xAI, la filiale IA de SpaceX, jugée en retard sur l’adoption en entreprise et la puissance de calcul face aux leaders du secteur. Morgan Stanley retourne l’argument : selon sa propre analyse, si l’action retombait à 100 $, cela reviendrait à ne quasiment rien valoriser pour l’activité IA — un scénario jugé excessif au vu de fondamentaux « globalement inchangés » depuis l’IPO. Cet écart de plus de 150 % entre les deux objectifs de cours illustre combien la valorisation de SpaceX reste tributaire d’hypothèses sur une activité IA encore jeune, plus que sur le cœur historique du groupe (lancements, Starlink). Rappel : SPCX a rejoint le Nasdaq-100 le 7 juillet, seulement 15 séances après son IPO — une entrée accélérée grâce à des règles d’éligibilité assouplies — mais son poids dans l’indice reste inférieur à 1 % en raison du flottant restreint (méthodologie de capitalisation modifiée pour les titres à faible flottant). Les ETF QQQ et QQQM ont dû acheter du SPCX pour suivre l’indice, avec des flux passifs estimés entre 4,3 et 27 milliards de dollars selon les analystes ; ce poids pourrait grimper jusqu’à 5 % après les levées de lock-up prévues en 2027.
L’accès pour un investisseur européen
SpaceX reste une action américaine, logée en compte-titres ordinaire (non éligible PEA). Les détenteurs d’ETF Nasdaq-100 ou d’ETF larges répliquant les indices américains — dont certains UCITS domiciliés en Europe et éligibles au PEA via réplication synthétique — portent déjà une exposition indirecte à SpaceX depuis début juillet, qu’ils l’aient choisi ou non. C’est un rappel utile : l’entrée d’une IPO dans un indice majeur diffuse son risque bien au-delà des acheteurs directs du titre.
Sources :
- HSBC Just Started Covering SpaceX With a $115 Price Target. The Stock Closed Friday at $115.07.
- SpaceX Lockup Expiry: Morgan Stanley Believes ‘Largely Unchanged’ Fundamentals Create Attractive Entry Point At Current Levels
- SpaceX’s Starship megarocket makes the ‘softest splashdown’ ever after launching next-gen Starlink satellites in Flight 13 test
- SpaceX Joins the Nasdaq-100 on July 7. Here Are the ETFs That Feel It Most.
Samsung et SK Hynix verrouillent 950 milliards de dollars de puces mémoire IA — et chutent quand même en Bourse
Les deux géants coréens de la mémoire ont signé des contrats de fourniture record avec Nvidia et Broadcom. Leurs actions ont pourtant reculé le jour de l’annonce, un paradoxe qui rappelle celui déjà observé chez l’américain Micron.
L’essentiel :
- SK Hynix et Samsung Electronics ont signé des accords de fourniture de puces IA totalisant environ 950 Md$ jusqu’en 2030, dévoilés autour du 25-26 juillet.
- SK Hynix fournirait environ 750 Md$ de puces, principalement à Nvidia (contrat de 5 ans incluant la mémoire HBM4 nouvelle génération) ; Samsung a signé un protocole de 5 ans avec Broadcom pour environ 200 Md$, couvrant mémoire HBM, fonderie avancée et packaging.
- Ce chiffre représente la valeur projetée d’engagements d’achat fermes sur cinq ans, pas un versement en une fois : les contrats mémoire, historiquement annuels, deviennent des accords long terme (LTA).
- Malgré l’annonce, SK Hynix et Samsung ont reculé respectivement d’environ 8,3 % et 7,6 % dans la semaine du 24-27 juillet, dans un contexte de dégagements généralisés sur la tech coréenne.
Records commerciaux, prises de bénéfices boursières
Le repli des deux actions ne remet pas en cause l’accord lui-même : les investisseurs coréens semblent avant tout prendre leurs bénéfices après une envolée spectaculaire des deux titres depuis le début de l’année portée par la demande de mémoire HBM. La correction a aussi été amplifiée par un resserrement réglementaire : la Commission des services financiers sud-coréenne durcit à partir du 31 juillet les exigences de dépôt sur les ETF à effet de levier, poussant une partie des investisseurs particuliers vers des CFD à fort levier sur ces deux valeurs, ce qui accentue la volatilité. Le schéma rappelle celui de Micron évoqué dans une précédente édition : des résultats ou des contrats records dans la mémoire IA n’empêchent pas un dégagement boursier, les investisseurs restant nerveux sur la soutenabilité de la demande à trois-cinq ans plutôt que sur le carnet de commandes immédiat.
L’accès pour un investisseur européen
Samsung Electronics et SK Hynix sont cotées à Séoul et ne sont accessibles qu’en compte-titres ordinaire, sans équivalent PEA direct. Une exposition indirecte existe via des ETF UCITS semi-conducteurs mondiaux (iShares, VanEck) qui intègrent une pondération coréenne, mais celle-ci reste généralement minoritaire face au poids de Nvidia, TSMC ou ASML dans ces mêmes fonds — un point à vérifier dans la composition avant d’y voir un pari sur la mémoire coréenne.
Sources :
- Samsung and SK Hynix Lock In AI Chip Supply Through 2030 With $950B in US Deals
- Samsung, SK Ink 1,390 Trillion Won AI Chip Mega-Deals With Long-Term HBM Contracts
- SK Hynix, Samsung Ink $950 Billion AI Chip Deals, But Stocks Still Slide
- SK Hynix and Samsung Crash 14%: Micron Rivals Slide
Robotique humanoïde : BYD entre dans la course pendant que Tesla prévient d’un démarrage très lent d’Optimus
Une fuite involontaire révèle le projet de robot humanoïde du numéro un chinois du véhicule électrique, au moment même où Tesla reconnaît que la production de son propre robot Optimus prendra plus de temps que prévu.
L’essentiel :
- Un post accidentellement publié puis supprimé par un centre BYD à Zhengzhou révèle un robot humanoïde nommé « Xiao Di », dont le dévoilement public est attendu début août.
- BYD travaille sur ce projet depuis fin 2024 via sa 15e division, avec un usage prévu en concession (2-3 robots par point de vente pour l’accueil client) puis en usine.
- Chez Tesla, la ligne de production Optimus à Fremont (ex-lignes Model S/X, décommissionnées) était encore en installation au 23 juillet, sans aucune unité produite ; Elon Musk a prévenu début juillet que le démarrage serait « extrêmement lent », provoquant une chute de 7,5 % de l’action le jour de sa déclaration.
- Au Japon, des ingénieurs ayant démonté un Unitree G1 chinois ont publiquement reconnu ne pas pouvoir rattraper l’avance chinoise en coût et en ingénierie à court terme.
La Chine accélère pendant que les calendriers occidentaux glissent
BYD rejoint Xpeng (avec son robot Iron) dans la course chinoise à la robotique incarnée, avec un avantage structurel : la maîtrise industrielle et les coûts de sa chaîne de production automobile, directement réutilisables pour fabriquer des robots en série. Le rythme d’annonces chinoises (Unitree, LimX, Xiaomi, désormais BYD) contraste avec le calendrier plus prudent affiché côté occidental : Tesla vise toujours 50 000 à 100 000 unités Optimus en 2026, mais Musk qualifie lui-même ce chiffre d' »impossible à prédire », la robotique n’ayant pas la répétabilité industrielle de l’automobile (environ 10 000 pièces uniques à assembler pour un seul robot). Cette prudence n’est pas propre à Tesla : elle confirme l’analyse déjà portée par le fondateur d’Unitree, qui situait le « moment ChatGPT » de la robotique encore à un à trois ans.
L’accès pour un investisseur européen
Aucun des acteurs cités (BYD, Tesla, Unitree, Xpeng) n’est éligible au PEA en direct pour un particulier français hors compte-titres ordinaire. L’ETF thématique KOID, éligible en version UCITS sur la place de Paris, reste la voie la plus simple pour une exposition diversifiée au secteur sans parier sur un seul constructeur ni sur la capacité de l’un d’eux à tenir son calendrier de production.
Sources :
- New Tesla Optimus rival: Leak reveals first details about BYD’s AI robot
- BYD may unveil humanoid robot in early August, teaser suggests
- Musk Updates Progress of Tesla’s Optimus Humanoid Robot, Warns of Initial ‘Long and Flat’ Production Ramp
- Elon Musk Says Optimus Production Will Be ‘Extremely Slow’ in the Beginning: ‘This is Not Like Making a Car’
- Japanese Engineers Tear Down Unitree G1 Robot, Admit They Can’t Catch Up to China in the Short Term
Data centers IA : le marché obligataire commence à faire payer plus cher la dette des géants du secteur
Après des mois d’emprunts massifs pour financer les data centers IA, les investisseurs obligataires commencent à réclamer une prime de risque plus élevée. Deux cas concrets cette semaine, chez Meta et CoreWeave, l’illustrent.
L’essentiel :
- Meta cherche à lever 12 Md$ via un véhicule spécial adossé à BlackRock pour financer un data center de près de 1 GW à El Paso, au Texas ; les investisseurs exigent un rendement supérieur à 7 %, environ 0,4 point de plus que sur son précédent emprunt Hyperion (27 Md$ levés en octobre 2025).
- CoreWeave a perdu environ 30 % de sa capitalisation en un mois, ses charges d’intérêts (536 M$ sur le seul dernier trimestre) absorbant près de la moitié de son excédent brut d’exploitation ajusté, pour 50,8 Md$ de passifs face à 4,8 Md$ de fonds propres.
- Selon CNBC (24 juillet), les écarts de crédit (credit spreads) de Google, Amazon et Meta s’élargissent alors que les hyperscalers s’apprêtent, dès l’an prochain, à dépenser plus en capex que ce qu’ils génèrent en free cash-flow.
- Le CDS à 5 ans d’Oracle, déjà dégradé par S&P début juillet, sert désormais de baromètre informel de la nervosité du marché sur la dette liée à l’IA, à un plus haut pluriannuel.
Un signal à surveiller avant les résultats trimestriels
Ce resserrement du crédit ne dit rien de la demande de calcul IA elle-même, qui reste forte : il porte sur la capacité des opérateurs à transformer cette demande en trésorerie suffisante pour rembourser une dette qui explose. Le cas CoreWeave est plus aigu que celui de Meta : la société a été fragilisée par une information selon laquelle Meta, son client, explorerait la possibilité de louer sa propre capacité excédentaire à d’autres entreprises plutôt que de continuer à s’appuyer sur des prestataires comme CoreWeave. Pour Meta, la hausse de rendement exigée reste plus mesurée mais traduit la même prudence des créanciers, dans un contexte où l’économiste en chef d’Apollo a averti que cette vague d’emprunts liés à l’IA pourrait, à elle seule, contribuer à pousser les taux d’intérêt à la hausse plus largement.
Ce que ça signifie pour un investisseur européen
Ce signal de marché obligataire précède généralement les mouvements sur les actions : il vaut la peine d’être suivi indépendamment de la détention ou non d’actions Meta, CoreWeave ou Oracle en direct, car il concerne indirectement tout porteur d’ETF actions technologiques ou IA largement exposés aux hyperscalers américains. Une hausse durable du coût de la dette IA se répercute mécaniquement sur les marges futures de tout le secteur, bien au-delà des seules entreprises citées ici.
Sources :
- Meta’s AI Borrowing Costs Rise on $12 Billion Data Center Deal
- Bond market anxiety is growing over AI capex budgets
- Why CoreWeave Stock Fell 30% in Just 1 Month
- The AI-led borrowing frenzy could end up driving interest rates higher, Apollo’s chief economist says
Édition préparée par notre agent de veille (données et sources au lundi 27 juillet 2026), relue selon notre politique éditoriale. Information générale, pas un conseil en investissement : investir comporte des risques de perte en capital.
⚠️ Ceci n’est pas un conseil financier. Investir comporte des risques de perte en capital.